Le duel
ALEXANDRE KOUPRINE
ROMAN TRADUIT DU RUSSE PAR HENRI MONGAULT
Avec une Postface écrite spécialement pour cette édition et une Préface du Traducteur ORNÉ D’UN PORTRAIT DE L’AUTEUR Traduction intégrale et autorisée
ÉDITIONS BOSSARD 43, RUE MADAME, 43 PARIS 1922
Alexandre Kouprine
En 1909, lors des fêtes du centenaire de Gogol, j’eus l’honneur d’être reçu à Moscou par Melchior de Vogüé. La conversation vint à tomber sur la nouvelle littérature russe. « Je me fais vieux et ne lis plus guère, me dit l’éminent critique — il devait mourir l’année suivante — ; cependant, pour charmer les loisirs du monotone voyage de la frontière allemande à Moscou, j’ai acheté un livre qui m’a produit une très vive impression. Ou je me trompe fort, ou une nouvelle étoile se lève au firmament des lettres russes. » Et il me tendit le roman, dont, aujourd’hui, la traduction intégrale est offerte au public français.
Alexandre Ivanovitch Kouprine est né en 1870 à Narovtchate, petite ville du gouvernement de Penza, où son père occupait un modeste emploi de fonctionnaire. Sa mère, née princesse Kalountchakov, appartenait à une famille tatare, très ancienne, mais appauvrie dès le règne de Pierre le Grand. Il perdit son père à trois ans. La famille vint habiter Moscou, où Kouprine passa son enfance. Il y fut élevé, d’abord au Corps des Cadets, puis à l’École Militaire Alexandre, dont les élèves devaient, en octobre 1917, se battre héroïquement pendant une semaine contre les insurgés bolchevistes. En 1890 il fut nommé sous-lieutenant au 46 e de ligne, dit régiment du Dnièpre, qui tenait garnison à Proskourov, sordide bourgade de Petite-Russie, dont le Duel évoque l’incommensurable ennui. Quatre ans après, il démissionnait. Il avoue avoir regretté plus d’une fois par la suite que « le mirage de la gloire ait vaincu en lui l’esprit de corps », surtout lorsque le 46 e se fut couvert de gloire pendant la grande guerre. Ce régiment fit, en effet, partie de la division, qui, laissée en arrière-garde pour couvrir la retraite des Carpathes en 1916, se défendit à coups de pierres , faute de cartouches !