La chanson de la croisade contre les Albigeois
Poèmes et Récits de la vieille France
Publiés sous la direction de A. JEANROY Membre de l’Institut
POÈMES ET RÉCITS DE LA VIEILLE FRANCE
Principaux épisodes TRADUITS PAR JEAN AUDIAU
PARIS E. DE BOCCARD, ÉDITEUR 1, RUE DE MÉDICIS, 1
1924
Il a été tiré de ce volume, le cinquième de la Collection des Poèmes et Récits de la Vieille France 50 exemplaires sur papier de Hollande numérotés de 1 à 50.
Le premier, qui va jusqu’au vers 2770 et raconte les événements dont le Midi fut le théâtre entre 1207 et 1213, est l’œuvre d’un clerc, originaire de Tudela, appelé Guilhem, qui le commença en 1210 : c’est le récit d’un chroniqueur consciencieux plutôt que d’un poète habile.
Toute cette partie de la Chanson est écrite dans une sorte de jargon franco-provençal, qui témoigne d’une connaissance bien imparfaite des deux langues : Guilhem, obéissant à une ancienne tradition, estima sans doute que la langue d’oïl convenait davantage à l’épopée, et il s’efforça de franciser son œuvre.
Les tendances des deux écrivains sont aussi bien différentes : Guilhem de Tudela penche pour les Croisés, dont il ne partage pas toujours, il est vrai, le cruel aveuglement ; au contraire, l’écrivain anonyme ne cache point son ardente sympathie pour le comte de Toulouse et les malheureuses populations méridionales.
La longueur de la Chanson de la Croisade contre les Albigeois ne permettait pas de faire tenir dans les limites de cette collection une traduction complète du poème. Aussi me suis-je résigné à sacrifier une grande partie de l’œuvre de Guilhem de Tudela, pour réserver une place plus grande au récit autrement vivant du troubadour anonyme.
Pour chacune des deux parties, j’ai traduit les épisodes qui m’ont semblé mériter plus spécialement d’être connus, et j’ai résumé les autres afin de garder autant que possible à la Chanson son allure générale. Cependant j’ai cru pouvoir supprimer dans la traduction les répétitions inutiles, les énumérations fastidieuses et certaines chevilles dont le retour trop fréquent serait d’un fâcheux effet pour un lecteur moderne. Par contre, j’ai parfois complété entre crochets le nom des personnages, pour qu’on n’ait nulle peine à les identifier, et j’ai divisé la Chanson en chapitres, pour en faciliter la lecture.