Jusqu'à la fin du monde
ADOLPHE RETTÉ
PARIS ALBERT MESSEIN, ÉDITEUR 19, QUAI SAINT-MICHEL, 19
1926
Librairie A. MESSEIN, 19, Quai Saint-Michel, Paris
DU MÊME AUTEUR
ŒUVRES CATHOLIQUES
IL A ÉTÉ TIRÉ DE CE LIVRE :
5 exemplaires sur Vergé d’Arches numérotés de 1 à 5.
N o
In corde Christi Amicis Etiam ignotis Et Benefactoribus
Il existe, dans l’œuvre de Pascal, un écrit où se résume toute la ferveur de cette grande âme éprise du Bon Maître alors qu’il souffre dans l’angoisse d’une nuit sans étoiles. C’est le Mystère de Jésus . Ici, point de propositions théologiques ou morales développées à loisir, point de controverses ni de polémiques. Seul à seul avec Celui qui a voulu supporter, en un abandon total, le poids de tous les péchés du monde, Pascal reçoit la grâce de partager sa détresse. Il le voit pleurer et il pleure ; il le voit saigner et il saigne. Les souffles lugubres qui agitent les feuillages du Jardin des Olives lui frôlent la face et se mêlent aux ricanements du Démon qui rôde à travers l’ombre implacable. Son cœur palpite à l’unisson du Cœur lacéré de Jésus et chacune des phrases qu’articule péniblement cette bouche trois fois sainte le transperce comme une flèche dont la piqûre barbelée le fait tressaillir jusqu’au plus profond de son être. Il crie, non parce qu’il souffre, mais parce que Jésus souffre par lui, pour lui — en lui. Et ses cris sanglotés, c’est ce dialogue, sans art, sans littérature, mais où, bien au-dessus des pauvres artifices de notre rhétorique, la voix même du Rédempteur retentit dans son âme pour la purifier, pour la fondre au creuset de ses propres douleurs, pour l’offrir, toute pantelante de contrition, à la justice du Père éternel.
Dans cette nuit très obscure, dans cette nuit de sacrifice absolu, Pascal se sent comptable de notre ingratitude perpétuelle à l’égard du Sauveur. En gémissant, il murmure ces mots d’une véracité si effrayante : « Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde ; il ne faut pas dormir pendant ce temps-là… Jésus a prié les hommes et il n’a pas été exaucé. »