Sous l'Étoile du Matin
ADOLPHE RETTÉ
Stella Matutina Ora pro nobis.
PARIS LIBRAIRIE LÉON VANIER, ÉDITEUR A. MESSEIN Succ r 19, QUAI SAINT-MICHEL, 19
1910
DU MÊME AUTEUR
A LA MÊME LIBRAIRIE
IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE : 7 exemplaires sur papier de Hollande, numérotés de 1 à 7.
AU RÉVÉRENDISSIME PÈRE ABBÉ DE SAINT MARTIN DE LIGUGÉ DOM LÉOPOLD GAUGUIN EN EXIL
Hommage filial. A. R.
C’était un gros village dont la rue principale montait vers un plateau aride où végétaient quelques sapins maigres et où s’élevait une croix.
Certaines maisons offraient des façades en torchis jaunâtre, des vitres ternes et fendillées, des toits roux et cabossés comme de vieux chapeaux. Dans leurs cours, force détritus et des tas de fumier que des poules picoraient en jacassant. D’autres, c’étaient des villas blanches, coiffées de tuiles d’un ton aussi vif que celui des pétales de coquelicots. Des jardins les entouraient, avec des pelouses où pas un brin d’herbe ne se serait permis de dépasser son voisin, avec des massifs de rosiers et de géraniums, avec des allées de sable que grattait un râteau quotidien et méticuleux.
Il faisait jour depuis une heure environ. Le soleil de septembre avait peine à glisser quelques rayons à travers les nuages chargés de pluie qui encombraient le ciel. Les fumées, au lieu de tirebouchonner gaîment et de s’envoler vers le zénith, roulaient, lentes et lourdes, au ras des toitures. Les alouettes, silencieuses, restaient blotties dans les sillons. Un vent mou soufflait par bouffées inégales qui ployaient à peine les cimes inquiètes des peupliers.