Le vicomte de Bragelonne, Tome III.
(1848 — 1850)
Le roi entra dans ses appartements d’un pas rapide.
Peut-être Louis XIV marchait-il si vite pour ne pas chanceler. Il laissait derrière lui comme la trace d’un deuil mystérieux.
Cette gaieté, que chacun avait remarquée dans son attitude à son arrivée, et dont chacun s’était réjoui, nul ne l’avait peut-être approfondie dans son véritable sens; mais ce départ si orageux, ce visage si bouleversé, chacun le comprit, ou du moins le crut comprendre facilement.
La légèreté de Madame, ses plaisanteries un peu rudes pour un caractère ombrageux, et surtout pour un caractère de roi; l’assimilation trop familière, sans doute, de ce roi à un homme ordinaire; voilà les raisons que l’assemblée donna du départ précipité et inattendu de Louis XIV.
Madame, plus clairvoyante d’ailleurs, n’y vit cependant point d’abord autre chose. C’était assez pour elle d’avoir rendu quelque petite torture d’amour-propre à celui qui, oubliant si promptement des engagements contractés, semblait avoir pris à tâche de dédaigner sans cause les plus nobles et les plus illustres conquêtes.
Il n’était pas sans une certaine importance pour Madame, dans la situation où se trouvaient les choses, de faire voir au roi la différence qu’il y avait à aimer en haut lieu ou à courir l’amourette comme un cadet de province.
Avec ces grandes amours, sentant leur loyauté et leur toute-puissance, ayant en quelque sorte leur étiquette et leur ostentation, un roi, non seulement ne dérogeait point, mais encore trouvait repos, sécurité, mystère et respect général.
Dans l’abaissement des vulgaires amours, au contraire, il rencontrait, même chez les plus humbles sujets, la glose et le sarcasme; il perdait son caractère d’infaillible et d’inviolable. Descendu dans la région des petites misères humaines, il en subissait les pauvres orages.
En un mot, faire du roi-dieu un simple mortel en le touchant au cœur, ou plutôt même au visage, comme le dernier de ses sujets, c’était porter un coup terrible à l’orgueil de ce sang généreux: on captivait Louis plus encore par l’amour-propre que par l’amour. Madame avait sagement calculé sa vengeance; aussi, comme on l’a vu, s’était-elle vengée.
Alexandre Dumas
Auguste Maquet
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Table des matières
Chapitre CXXXII — Psychologie royale
Chapitre CXXXIII — Ce que n’avaient prévu ni naïade ni dryade
Chapitre CXXXIV — Le nouveau général des jésuites
Chapitre CXXXV — L’orage
Chapitre CXXXVI — La pluie
Chapitre CXXXVII — Tobie
Chapitre CXXXVIII — Les quatre chances de Madame
Chapitre CXXXIX — La loterie
Chapitre CXL — Malaga
Chapitre CXLI — La lettre de M. de Baisemeaux
Chapitre CXLII — Où le lecteur verra avec plaisir que Porthos n’a rien perdu de sa force
Chapitre CXLIII — Le rat et le fromage
Chapitre CXLIV — La campagne de Planchet
Chapitre CXLV — Ce que l’on voit de la maison de Planchet
Chapitre CXLVI — Comment Porthos, Trüchen et Planchet se quittèrent amis, grâce à d’Artagnan
Chapitre CXLVII — La présentation de Porthos
Chapitre CXLVIII — Explications
Chapitre CXLIX — Madame et de Guiche
Chapitre CL — Montalais et Malicorne
Chapitre CLI — Comment de Wardes fut reçu à la cour
Chapitre CLII — Le combat
Chapitre CLIII — Le souper du roi
Chapitre CLIV — Après souper
Chapitre CLV — Comment d’Artagnan accomplit la mission dont le roi l’avait chargé
Chapitre CLVI — L’affût
Chapitre CLVII — Le médecin
Chapitre CLVIII — Où d’Artagnan reconnaît qu’il s’était trompé, et que c’était Manicamp qui avait raison
Chapitre CLIX — Comment il est bon d’avoir deux cordes à son arc
Chapitre CLX — M. Malicorne, archiviste du royaume de France
Chapitre CLXI — Le voyage
Chapitre CLXIII — Première querelle
Chapitre CLXIV — Désespoir
Chapitre CLXV — La fuite
Chapitre CLXVI — Comment Louis avait, de son côté, passé le temps de dix heures et demie à minuit
Chapitre CLXVII — Les ambassadeurs
Chapitre CLXVIII — Chaillot
Chapitre CLXIX — Chez Madame
Chapitre CLXX — Le mouchoir de Mademoiselle de La Vallière
Chapitre CLXXI — Où il est traité des jardiniers, des échelles et des filles d’honneur
Chapitre CLXXII — Où il est traité de menuiserie et où il est donné quelques détails sur la façon de percer les escaliers
Chapitre CLXXIII — La promenade aux flambeaux
Chapitre CLXXIV — L’apparition
Chapitre CLXXV — Le portrait
Chapitre CLXXVI — Hampton-Court
Chapitre CLXXVII — Le courrier de Madame
Chapitre CLXXVIII — Saint-Aignan suit le conseil de Malicorne
Chapitre CLXXIX — Deux vieux amis
Chapitre CLXXX — Où l’on voit qu’un marché qui ne peut pas se faire avec l’un peut se faire avec l’autre
Chapitre CLXXXI — La peau de l’ours
Chapitre CLXXXII — Chez la reine mère
Chapitre CLXXXIII — Deux amies
Chapitre CLXXXIV — Comment Jean de La Fontaine fit son premier conte
Chapitre CLXXXV — La Fontaine négociateur
Chapitre CLXXXVI — La vaisselle et les diamants de Madame de Bellière
Chapitre CLXXXVII — La quittance de M. de Mazarin
Chapitre CLXXXVIII — La minute de M. Colbert
Chapitre CLXXXIX — Où il semble à l’auteur qu’il est temps d’en revenir au vicomte de Bragelonne
Chapitre CXC — Bragelonne continue ses interrogations
Chapitre CXCI — Deux jalousies
Chapitre CXCII — Visite domiciliaire
Chapitre CXCIII — La méthode de Porthos
Chapitre CXCIV — Le déménagement, la trappe et le portrait
Chapitre CXCV — Rivaux politiques
Chapitre CXCVI — Rivaux amoureux