La forêt, ou l'abbaye de Saint-Clair (tome 2/3) / traduit de l'anglais sur la seconde édition
ŒUVRES D’ANNE RADCLIFFE. TOME II. \/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/ Poitiers.—Imp. de F.-A. Saurin. \/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/\/
Par Anne Radcliffe. TRADUIT DE L’ANGLAIS SUR LA SECONDE EDITION.
TOME DEUXIÈME.
PARIS, LECOINTE ET POUGIN, LIBRAIRES, QUAI DES AUGUSTINS, Nº 49. —— 1831.
Lorsque Adeline parut au déjeuner, son air d’accablement et de langueur frappa madame La Motte, qui lui demanda si elle était incommodée. Adeline s’efforça de sourire, dit qu’elle n’avait pas bien passé la nuit, parce qu’elle avait fait des rêves très-effrayans. Elle était sur le point de les décrire, mais un mouvement involontaire l’en empêcha. En même temps La Motte tourna tellement ces craintes en ridicule, qu’elle fut presque honteuse d’en avoir parlé, et s’efforça de chasser le souvenir de ce qui les avait causées.
Après le déjeuner, elle tâcha de distraire ses idées en conversant avec madame La Motte; mais elles étaient entièrement occupées par les incidens des deux derniers jours, par ses songes et par ses conjectures sur les choses que Théodore devait lui communiquer. Ils avaient passé quelques momens dans cet état, lorsqu’on entendit des voix s’élever du côté de la grande porte de l’abbaye. Adeline, s’approchant de la fenêtre, vit le marquis et sa suite sur l’esplanade. Le portail de l’abbaye dérobait à ses regards plusieurs gens, parmi lesquels pouvait se trouver Théodore. Elle continuait de le chercher des yeux, lorsque le marquis entra dans la salle avec La Motte et quelques autres personnes; bientôt après madame La Motte vint le recevoir, et Adeline se retira dans son appartement.
La Motte ne tarda pas à lui envoyer dire de venir où l’on se rassemblait; elle espérait en vain d’y trouver Théodore. Le marquis se leva dès qu’elle parut; il lui fit quelques complimens généraux; après quoi la conversation prit une tournure très-animée. Adeline, ne pouvant contrefaire la gaîté au milieu des inquiétudes et de la consternation où son cœur était plongé, y prit bien peu de part. Le nom de Théodore n’y fut pas prononcé une seule fois. Elle eût bien demandé de ses nouvelles, si elle avait pu le faire avec convenance; mais elle fut forcée de se borner à espérer d’abord qu’il viendrait pour dîner, ensuite qu’il paraîtrait avant le départ du marquis.