Les miens
GILBERT DE VOISINS
To see things in their beauty is to see them in their truth. M. A.
PARIS BERNARD GRASSET 61, RUE DES SAINTS-PÈRES 1926
DU MÊME AUTEUR
IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE HUIT EXEMPLAIRES SUR PAPIER CHINE, NUMÉROTÉS CHINE 1 à 6 ET I ET II ; TREIZE EXEMPLAIRES SUR PAPIER ANNAM DE RIVES, NUMÉROTÉS ANNAM 1 à 10 ET I à III ; QUARANTE-SIX EXEMPLAIRES SUR PAPIER HOLLANDE, NUMÉROTÉS HOLLANDE 1 à 40 ET I à VI ; VINGT-QUATRE EXEMPLAIRES SUR PAPIER VÉLIN OR TURNER, NUMÉROTÉS OR TURNER 1 à 20 ET I à IV ; CENT SIX EXEMPLAIRES SUR PAPIER VÉLIN PUR FIL LAFUMA, NUMÉROTÉS VÉLIN PUR FIL 1 à 100 ET I à VI.
TOUS LES EXEMPLAIRES CI-DESSUS SONT RÉIMPOSÉS IN-QUARTO TELLIÈRE.
ENFIN, SIX CENT QUATRE-VINGT-DIX EXEMPLAIRES SUR PAPIER ALFA SATINÉ FRANÇAIS, CONSTITUANT PROPREMENT ET AUTHENTIQUEMENT LA PREMIÈRE ÉDITION ET NUMÉROTÉS DE 1 à 660 ET I à XXX.
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.
Copyright by Bernard Grasset 1926.
A L’UN DES MIENS A MON AMI JULES MARSAN
On est bien, couché dans l’herbe inégalé, on s’y prélasse, dominé par ce large platane qui incite à rêver. Les rêves sont des jeux où l’on reste immobile et qu’il est superflu d’arranger à l’avance, des jeux où l’on n’a nul besoin de compagnons : un plaisir pour soi seul. L’arbre touffu de feuilles nombreuses, le long corridor blanc au bout duquel je m’assieds sur une chaise de paille, le petit salon de bonne-maman, à l’heure où elle lit son journal, les fenêtres ouvertes sur le bois de pins, sur la colline toute en rochers bleus (je ne les voyais pas bleus, d’abord), sur la mer où des bateaux se promènent, voilà les lieux où le rêve, ce jeu pour moi, se développe mieux que partout ailleurs. — Aujourd’hui, je rêve, couché dans la prairie, au pied du platane dont mes parents disent avec un air satisfait : « C’est le plus beau platane du pays ». De ce pays, ils n’ont jamais défini au juste l’étendue.
Je pourrais monter dans les branches, là-haut, et m’y installer à califourchon, mais il faudrait aller chercher une échelle dans la resserre du jardinier, car le tronc est vraiment trop lisse pour y grimper sans aide… or il fait chaud et l’on est si bien dans l’herbe ! ah ! si vous saviez comme on est bien !… Non, je reste couché, la tête posée à plat, et je vais me laisser prendre tout doucement par le rêve savoureux qui tombera, je pense, comme un fruit, de l’arbre tutélaire que je contemple par en-dessous.