Le moyen de parvenir, tome 3/3
NOUVELLE ÉDITION.
Augmentée d'une Table sommaire des Chapitres.
Caritas inter jocosve regnat Moria.
TOME TROISIEME,
A LONDRES.
M. DCC. LXXXI.
On a recopié, dans cette version électronique, le sommaire de ce tome troisième, extrait du tome premier de l'original.
TOME TROISIEME.
LE MOYEN DE PARVENIR.
I. Il n'y a rien tel que faire bonne chere, besogner un peu, & avoir de l'argent. Voilà, le sage Ulisse préféroit la cuisine au nectar & à l'ambroisie de la belle Calipso. Aussi, que diable servent tant de vétilles? Il n'est que de faire grand-chere, & se réjouir; c'est vivre cela: &, n'en déplaise à ces couillasses de prédicateurs, qui se crévent tous les jours de la semaine, pour jeûner la nuit, comme bons catholiques, lequel vaut mieux crever de graisse ou sécher de pauvreté? C'est ce que me disoit mon compere Bagautier, qui avoit la vérole: autant vaut pourir sur terre, qu'en terre, & puis qu'on a un jouet, que Dieu a donné pour s'ébattre, que si cela ne se faisoit, on troubleroit toutes les fusées du grand dévidoir du destin.
César. Je ne sais quel petit semblant; mais jamais je ne fus sur aucune pour néant.
Herodote. Ne le prenez pas là pour néant; c'est-à-dire, un coup, & puis plus. Cela vaut autant qu'à coupe-cul. Il m'en avint ainsi, quand je donnai une chaîne d'or à la belle Drogueuse; qui la prit, & me fit passer une nuit avec elle joyeusement. Depuis, quand j'y voulus aller, ne me connut plus. Elle est de celles qui le veulent faire sans péché & scandale. On ne s'apperçut jamais pour un coup. Un refus à un, qui l'a fait une fois, est le corrigement de toutes les autres; & afin que vous ne me gaussiez, je vous déduirai mon aventure de cette-ci. Un meûnier avoit une belle femme; elle se nommoit Denise, aimoit mieux chauffer son cas, que brûler sa chemise : & puis on dit que je radote, ramenant les vieux proverbes.