Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (1/6)
Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris.
TYPOGRAPHIE DE H. FIRMIN DIDOT.—MESNIL (EURE)
MÉMOIRES TOUCHANT LA VIE ET LES ÉCRITS DE MARIE DE RABUTIN-CHANTAL DAME DE BOURBILLY MARQUISE DE SÉVIGNÉ,
DURANT LA RÉGENCE ET LA FRONDE. SUIVIS De Notes et d'Éclaircissements, PAR M. LE BARON WALCKENAER.
TROISIÈME ÉDITION, REVUE ET CORRIGÉE.
PARIS, LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C IE , IMPRIMEURS DE L'INSTITUT DE FRANCE, RUE JACOB, 56.
1856.
CHAPITRE PREMIER. 1592-1627.
Château de Bourbilly.—Famille des Rabutins.—Tableau représentant sainte Chantal.—Belle réponse de Bénigne Fremyot.—Postérité de sainte Chantal.—De Bénigne Rabutin.—Son duel avec Boulleville.—Son combat à l'Ile de Ré.—Sa mort.
A deux lieues au sud-ouest de la ville de Semur en Bourgogne, et à la même distance de l'ancien bourg d'Époisses, dans un vallon tapissé de prairies et de toutes parts environné de coteaux que couvrent des bois et des vignes, s'élève, près des bords d'une petite rivière, le vieux château de Bourbilly. La rivière, que l'on nomme le Sérain, du haut d'un rocher se précipite en cascade dans le vallon, le traverse, s'y divise, et roule en murmurant ses eaux limpides. Le château, entouré de murailles épaisses et flanquées de tourelles, présentait à l'extérieur un carré, et à l'intérieur une vaste cour. Son entrée était fermée par un pont-levis que dominait une tour.
Cependant le cardinal de Richelieu ne s'opposa point à ce que le baron de Chantal reparût à la cour; mais il ne lui pardonna pas son étroite liaison avec Henri de Talleyrand, prince de Chalais, qui avait été décapité comme coupable de haute trahison. Tout sentiment généreux est suspect au despotisme; son inexorable vengeance poursuit jusque dans la tombe l'objet de sa haine, et il persécute jusqu'au souvenir qui en reste. Il fut facile au cardinal de Richelieu de fermer tout accès à la faveur à un homme dont l'esprit indépendant et railleur devait surtout déplaire à Louis XIII, monarque d'un caractère faible et d'un esprit méticuleux.