Comme va le ruisseau
Copyright 1911, by Pierre LAFITTE & C ie
CAMILLE LEMONNIER
COMME VA LE RUISSEAU
Illustrations de GEO DUPUIS
IDÉAL-BIBLIOTHÈQUE PIERRE LAFITTE & C ie
90, AVENUE DES CHAMPS-ÉLYSÉES, 90
PARIS
Au moment où M. Fauche prenait le train, il vit descendre d’une voiture de troisième classe une jeune fille qui, après avoir jeté deux cartons à chapeau sur le quai, lestement sautait du marchepied.
—Tiens! qui c’est-il?
Il connaissait toutes les jeunesses du village; il n’avait pas encore vu celle-là. Il cala dans le filet son sac de voyage, poussa sous la banquette un petit panier d’osier qui sentait le poisson frais. Et encore une fois, penché à la portière que le garde refermait, il regardait, sautillant du côté du fourgon aux bagages avec des mouvements légers d’oiselle, la jolie silhouette.
Un coffre en bois fut jeté brusquement à terre: elle eut un geste d’effroi comme si le coffre allait se rompre. Et puis la locomotive souffla comme un gros chat, le train doucement se mettait à glisser. Jean Fauche n’aperçut plus que le flottement d’un bout de robe rose qui tournait la barrière. Il rentra la tête, car les arbres du verger lui masquaient la vue de la gare.
THIÉRACHE LE TAILLEUR LEVAIT ALORS LA TÊTE (P. 6).