Les oiseaux bleus
CATULLE MENDÈS
PARIS VICTOR-HAVARD, ÉDITEUR 168, Boulevard Saint-Germain, 168
1888 Droits de traduction et de reproduction réservés.
OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
On l’avait jetée, pendant cette fête, de voiture en voiture ; lancée au hasard, attrapée, lancée encore, elle avait été comme le volant de ces exquises raquettes que sont les mains des Parisiennes ; puis, un badaud l’ayant mal agrippée, elle tomba dans la boue, parmi l’herbe rase et humide ; et personne, d’abord, ne s’inquiéta d’elle ; et, plus tard, dans la fête mouillée, mille pieds la piétinèrent, sous la gaieté languissante des lampions et des verres de couleur, tandis que sonnaient les grosses caisses et les trombones des baraques foraines. C’était une toute petite églantine rose, presque en bouton encore, avec une longue tige épineuse.
Comme je passais, hier soir, à travers la foule, je vis, dans la grisaille de la fange, une petite rougeur pâle qui était cette fleur morte ; tout de suite je devinai quel avait été le sort de l’églantine, triomphante, puis mélancolique, pendant la journée de plaisir et de folie : elle était là maintenant, souvenir, entre deux petits tas de boue, comme entre deux feuillets d’un livre, déjà flétrie, charmante encore, relique souillée et parfumée. J’eus la pensée de la ramasser, de la conserver ; savais-je si je n’y retrouverais point l’odeur qui m’est chère entre toutes, l’odeur que j’ai aspirée, une seule minute, de mes lèvres rapides, sur le bout d’un petit doigt ganté, dans l’antichambre, après le thé de cinq heures, tandis que l’on remet les manteaux ? Et puis, cette rose, c’était tout ce qui restait de la gaieté d’une heure, de la promenade enrubannée et fleurissante, où Paris avait imité la fantaisie et les rires d’un Corso d’Italie. Le poète qui passe a pour devoir de recueillir ce qui demeure de la joie humaine, cette tristesse qui est comme la lie des choses heureuses ; et, après, il en fait des vers.
Je me baissai donc, pour prendre la fleur.
Catulle Mendès
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LE SOIR D’UNE FLEUR
LA BELLE DU MONDE
I
II
III
IV
LA BONNE TROUVAILLE
LA BELLE AU BOIS RÊVANT
LE VŒU MALADROIT
I
II
III
ISOLINE-ISOLIN
I
II
III
IV
LE MIROIR
I
II
III
IV
V
LA PRINCESSE OISELLE
I
II
III
IV
LE CHEMIN DU PARADIS
LES BAISERS D’OR
I
II
III
LES ACCORDAILLES
I
II
III
LE MAUVAIS CONVIVE
LA TIRE-LIRE
I
II
III
LA BONNE RÉCOMPENSE
LES MOTS PERDUS
I
II
III
IV
LA MÉMOIRE DU CŒUR
I
II
III
LES TROIS BONNES FÉES
LE RAMASSEUR DE BONNETS
LES TROIS SEMEURS
LA BELLE AU CŒUR DE NEIGE
I
II
III
LES DEUX MARGUERITES
I
II
III
IV
L’ANGE BOITEUX
LES TRAITRISES DE PUCK
I
II
III
IV
V
LES LARMES SUR L’ÉPÉE
I
II
III
LA PETITE FLAMME BLEUE
I
II
III
IV
MARTINE ET SON ANGE
I
II
III
IV
V
VI
LA DERNIÈRE FÉE
TABLE DES MATIÈRES