La mère et l'enfant
ÉDITIONS DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
DES
ŒUVRES DE CHARLES-LOUIS PHILIPPE
CHARLES-LOUIS PHILIPPE
LA MÈRE
ET L'ENFANT
NEUVIÈME ÉDITION
nrf
PARIS ÉDITIONS DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE 35 & 37, RUE MADAME 1918
Un enfant naît un soir, rouge et bouffi, désordonné comme un morceau de chaos. C'est quelque chose de semblable à un nouveau meuble qu'on apporte à la maison et qu'il faut observer et polir pendant longtemps avant de lui donner un air familial. C'est surtout quelque chose de semblable à une petite bête mal élevée qui ne sait pas faire un usage convenable de ses pieds, de ses mains et des organes de son corps. Papa, maman, observez bien, polissez bien le petit objet, parce qu'il faut, un jour, que son image soit gravée dans votre mémoire et que sa vie soit pareille à votre vie; dressez bien le petit animal, parce qu'il faut, un jour, qu'il sache marcher et se tenir comme un beau petit bonhomme civilisé.
Les bonnes mamans si pâles qui viennent d'accoucher ont des sens délicieux pour apprendre à connaître leurs petits enfants. Leur corps fatigué semble être peu de chose, leurs yeux ont une vie atténuée de fleurs et versent des regards délicats comme des sentiments. Elles ont l'air d'être en communication merveilleusement avec l'au-delà. Leurs mains ont un toucher qui se pose, mais ne s'appuie pas. O douceur! Elles rattachent immédiatement le petit être à la lignée familiale; où vous voyez un visage de chair molle, elles découvrent des formes et des ressemblances. J'ai vu une jeune maman qui disait à son mari: