Le féminisme français II: L'émancipation politique et familiale de la femme

Librairie de la Société du Recueil général des Lois et des Arrêts FONDÉ PAR J.-E. SIREY, ET DU JOURNAL DU PALAIS Ancienne Maison L. LAROSE et FORCEL 22, rue Soufflot, 5e arrondt. L. LAROSE, Directeur de la Librairie
Non content d'émanciper et de grandir individuellement la femme en réclamant pour elle une plus large accession aux trésors de la connaissance humaine, non content même de l'émanciper et de la grandir socialement en poursuivant son admission aux métiers et aux professions du sexe masculin, le féminisme entend qu'elle exerce une influence plus agissante et plus efficace sur les affaires de l' État et sur la direction du foyer.
C'est ainsi que l' émancipation individuelle et sociale conduit logiquement à l' émancipation politique et familiale. Devenue plus libre de s'instruire et de travailler, pourvue d'une culture intellectuelle plus soignée, investie de fonctions économiques plus indépendantes et plus rémunératrices qui la rehausseront infiniment à ses propres yeux et à ceux des hommes, il n'est pas possible que la femme ne cherche à accroître et à étendre son action dans la double sphère du gouvernement civique et du gouvernement domestique. La laisserons-nous faire?
C'est sur quoi nous nous expliquerons, en cette seconde série d'études qui complète et achève la première, avec le souci persévérant de subordonner le préjugé à la justice et de séparer, d'un geste net et franc, la mauvaise herbe du bon grain.
Rennes, 6 juin 1901.


I.--Théorie surannée de l'«office viril».--Ses origines et ses motifs. II.--Le témoignage de la femme.--Droit ancien, droit nouveau. III.--La femme tutrice.--Extension désirable de sa capacité actuelle. IV.--Droit accordé aux commerçantes d'élire les juges des tribunaux de commerce.--Sa raison d'être. V.--Droit revendiqué par les patronnes et les ouvrières de participer a la formation des conseils de prud'hommes.--Scrupules inadmissibles.
Point de doute que cette motion catégorique ne rende plus d'un esprit perplexe. «Si vous rabaissez trop la condition des hommes, diront les uns, les hommes se marieront moins.»--«Si vous ne relevez pas la condition des femmes, répliqueront les autres, les femmes ne se marieront plus.» Qu'on se rassure: hommes et femmes se marieront toujours. Ce n'est pas l'accession des femmes au droit de suffrage qui empêchera le commerce des sexes d'être la douce attraction que l'on sait. La femme changée en homme par la politique, par l'instruction, par la liberté, est une métamorphose qu'il ne faut pas vouloir, sans doute, parce qu'elle serait monstrueuse, mais dont il serait peu sérieux de s'effrayer outre mesure, parce qu'elle n'éloignera jamais des fins suprêmes de la nature qu'une minorité imprudente et détraquée. Il suffit donc de combattre la chimère et l'outrance, pour empêcher qu'elles n'entament et ne pervertissent la masse des honnêtes femmes. C'est un devoir auquel nous ne manquerons point. De là notre constante préoccupation de séparer ce que nous tenons pour un droit, de ce qui nous en paraît l'excès ou l'abus. Cela fait, l'extension des droits civiques au sexe féminin n'attentera point gravement aux grâces souveraines de l'amour.

Charles Marie Joseph Turgeon
О книге

Язык

Французский

Год издания

2009-09-17

Темы

Women -- Social and moral questions; Women -- France

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