Les règles de Cicco Simonetta pour le déchiffrement des écritures secrètes
(4 JUILLET 1474).
D'ailleurs cette discussion n'a, suivant nous, qu'un intérêt secondaire; ce qu'il importe, c'est d'étudier les règles de Simonetta elles-mêmes de façon à définir leur nature et à déterminer leur but et leur utilité.
C'est à cet état arriéré de la science cryptographique que s'appliquent les règles ou mieux les instructions de Simonetta; elles sont au nombre de treize et, bien entendu, ainsi que l'atteste le titre que l'auteur leur a donné, elles ne prétendent qu'à fournir des procédés pratiques, fruit sans doute de son expérience personnelle et dont il voulait faire profiter les secrétaires de la chancellerie milanaise, propres à dévoiler l'alphabet ou la clef d'une dépêche écrite en lettres interverties, en chiffres ou en caractères conventionnels.
Les trois premiers préceptes, par l'examen de la lettre finale de chaque mot, par celui des monogrammes, des digrammes et des trigrammes, roulent sur les moyens de distinguer si le texte à déchiffrer est en latin ou en langue vulgaire, c'est-à-dire en italien. La découverte en cette dernière langue de la voyelle e , de la labiale l dans les digrammes et du relatif che dans les trigrammes forme l'objet du 4 e , du 5 e et du 6 e conseil. Passant ensuite au latin, auquel il consacre les règles 7, 8, 9, 10, 11 et 12, Simonetta observe que les mots de cette langue sont terminés le plus communément par s , m ou t , ou a , e , i et o . Si un signe est employé seul, on peut être sûr que c'est une voyelle, et, selon toute vraisemblance, la préposition a , qui est le monogramme le plus usité. Quant aux digrammes, il transcrit la liste des plus usuels; ce sera à la sagacité du lecteur à les interpréter. Les trigrammes dont la première lettre est la même que la troisième correspondront à non , sis , etc., mais plutôt à non , le trigramme le plus fréquent. Un signe répété trois fois sans intervalle doit être un u . Dans les mots de quatre lettres, un chiffre redoublé équivaudra, selon toute probabilité, à l ou à s , comme dans ille , esse , etc.