Hic et Hec
Produced by Daniel Fromont
A French erotic novel of the 18th Century]
L'oeuvre
Comte de Mirabeau
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Hic et Hec, ou l'art de varier les plaisirs de l'amour
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Hic et Hec
Je dois le jour à une distraction d'un R. P. jésuite d'Avignon, qui, se promenant avec ma mère, blanchisseuse de la maison, quitta dans l'obscurité le sentier étroit qu'il parcourait d'ordinaire en faveur de la grande route qui lui était peu familière. A peine avais-je six ans que sa tendresse paternelle me fit admettre par charité dans les basses classes; j'y rendais tous les services qu'on pouvait attendre de mon âge, et grâce aux heureuses dispositions dont la nature m'avait doué, je profitai; à douze ans, je pus balayer la troisième et faire les commissions du père Natophile, qui en était régent. J'étais précoce en tout, ma taille était élancée et svelte, mon visage rond et vermeil, mes cheveux châtain-brun et mes yeux noirs, grands et perçants me faisaient paraître plus âgé que je n'étais: on me prenait pour un enfant de quatorze ans. La bassesse de mon origine, la pauvreté de ma parure, m'avaient éloigné de toute intimité avec mes camarades de classe, et par conséquent de la corruption, et je donnais tout mon temps à l'étude. Le régent, satisfait de mes progrès, me prit en affection, me chargea du soin d'arranger sa chambre, de faire son lit et de lui porter tout ce dont il avait besoin; et pour ma récompense, il me donnait des leçons particulières après la classe, et me faisait lire dans sa chambre des auteurs qu'on n'explique pas en public.
Un jour, j'avais plus de treize ans alors, il me tenait entre ses jambes pour me suivre des yeux dans l'explication de la satire de Pétrone; son visage s'enflammait, ses yeux étincelaient, sa respiration était précipitée et syncopée; je l'observais avec une inquiète curiosité qui, divisant mon attention, me fit faire une méprise. — Comment, petit drôle! me dit-il d'un ton qui me fit trembler, un sixième ne ferait pas une pareille faute; vous allez avoir le fouet. J'eus beau vouloir m'excuser et demander grâce, l'arrêt était prononcé; il fallut bien me soumettre. Il s'arme d'une poignée de verges, me fait mettre culotte bas, je me jette sur son lit, et de peur que je ne me dérobe au châtiment, il passe son bras gauche autour de mes reins, de façon que sa main empoigne un bijou dont j'ignorais encore l'usage, quoique sa dureté momentanée, depuis plus d'un an, m'eut donné à penser. — Allons, petit coquin, je vais vous apprendre à faire des solécismes. Et il agite légèrement les verges sur mes jumelles, de manière à les chatouiller plutôt qu'à les blesser. La peur ou le doux frottement de sa main fit grossir ce qu'il tenait. — Ah! petit libertin, qu'est-ce que je sens là? Ah! vous en aurez d'importance. Et il continuait la douce flagellation et ses attouchements, jusqu'à ce que, enivré de volupté, un jet de nectar brûlant couronnât ses efforts et comblât ma félicité. Alors, jetant les verges: — Ferez-vous plus attention une autre fois? — Ah! je ne le crois pas, mon père, il y a trop de plaisir à être corrigé de votre main. — Tu me pardonnes ma colère; eh bien, applique-toi, quand tu feras bien, je te récompenserai comme je t'ai puni. Je lui baisai la main avec transport, il m'embrassa, et passant ses mains sur mes jumelles, il me couvrit de baisers. — Puisque tu es content de la correction, mon cher enfant, poursuivit-il, tu devrais bien récompenser mes soins de même. — Je n'oserais jamais!… fouetter mon régent! — Ose, il t'en prie, et, s'il le faut, il te l'ordonne. J'allai, en rougissant, prendre les verges, il découvrit son post-face; à peine osais-je toucher, il s'enrouait à me crier: — Fort, plus fort; on doit punir plus rigoureusement les fautes des maîtres que celles des écoliers. Enfin je m'enhardis, et, empoignant son sceptre comme il avait fait du mien, je le fustigeai si vertement qu'il versa des larmes de plaisir. Dès ce moment la confiance s'établit; il prétexta un rhume qui le mettait dans la nécessité d'avoir quelqu'un auprès de lui, et il fit mettre mon lit dans un petit cabinet qui touchait au sien; mais ce n'était que pour la forme, et, dès qu'il était couché, il m'appelait et j'allais dormir ou veiller dans ses bras. Il fut mon Socrate et je fus son Alcibiade. Tour à tour agent et patient, il mit sa gloire à perfectionner mon éducation.