Moeurs des anciens Germains
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traduit du latin
par
NOUVELLE ÉDITION, A. MAME ET Cie, IMPRIMEURS—LIBRAIRES à TOURS.
1851
PRÉFACE contenant quelques remarques relatives aux usages anciens et modernes des Germains, des Gaulois et des Français.
Quelle que soit l'origine des Français, qu'il ne s'agit point de discuter ici; quelque système qu'on embrasse, on ne peut méconnaître dans les mœurs des premiers temps de la monarchie beaucoup de points de conformité avec celles des anciens Germains, dont Tacite nous a laissé le tableau. Aussi, en réimprimant les Mœurs des Français , a-t-on cru devoir y joindre les Mœurs des Germains , décrites avec tant d'énergie par Tacite.
C'est en rapprochant de cette manière les idées que les historiens nous donnent des anciens peuples de l'Europe, dont tous les habitants actuels sont les successeurs plus ou moins éloignés; c'est en rassemblant tous les traits qui servent à les caractériser et en les confrontant avec les modernes, qu'on peut reconnaître l'analogie ou la différence de ces peuples.
Avant que la domination romaine fût établie dans les Gaules, les Gaulois et les Germains différaient peu pour la façon de vivre. De vastes forêts couvraient également leur pays; on y trouvait fort peu de villes et seulement quelques villages; la chasse et la guerre partageaient tout leur temps. C'étaient des incursions perpétuelles, et souvent des émigrations d'une partie de la nation dans des pays fort éloignés du sien. Beaucoup de petits souverains, qu'on doit plutôt considérer comme des chefs de parti, divisaient en peuplades ce grand peuple, qui n'avait presque aucune relation au dehors.
La guerre que César fit dans les Gaules apporta de grands changements à cette manière de vivre. En prenant possession de leurs conquêtes, les Romains introduisirent de nouveaux usages, et les Gaulois se civilisèrent bien plus en deux cents ans de commerce avec leurs vainqueurs, qu'ils n'avaient fait pendant tout le temps qui avait précédé cette révolution. L'abbé Le Gendre parle des Français de la Gaule qui chassèrent les Romains de la Gaule; il décrit aussi les usages qu'ils laissèrent après eux et qui subsistèrent même après qu'ils eurent abandonné le pays. Ces époques sont voisines de celles que nous peint Tacite. Cet historien écrivait sous les empereurs, et alors les armées romaines n'ayant pas encore pénétré bien avant dans la Germanie, elle avait conservé jusque-là ses premières habitudes. C'est donc en comparant l'état naturel des Germains, vivant encore sous leurs tentes, avec les premiers temps de notre monarchie, que le lecteur pourra mieux voir la gradation qui a conduit les Français à certains usages qui subsistent encore parmi nous. Ensuite, en rapprochant quelques-unes de nos coutumes actuelles, et en les comparant avec les mœurs simples des Gaulois ou avec celles de l'ancienne Germanie, le tableau s'enrichira de plusieurs traits aussi curieux qu'intéressants.