Lettres d'amour
CYRANO DE BERGERAC
publiées d’après le manuscrit inédit de la Bibliothèque Nationale
AVEC UNE INTRODUCTION par G. CAPON et R. YVE-PLESSIS
PLESSIS, LIBRAIRE 23, Rue de Châteaudun, Paris 1905
DES MÊMES AUTEURS
VIENT DE PARAITRE
N.-B. — Les exemplaires en grand papier sont épuisés.
Il a été tiré de cet Ouvrage 310 exemplaires, tous numérotés : 10 Japon impérial extra (n os 1 à 10) 50 Japon impérial (n os 11 à 60) 250 Papier à la forme (n os 61 à 310)
N o
Le mercredi, 7 septembre 1707 (que de sept en ce mercredi !) le suisse de Notre-Dame de Paris agrippait au collet et traînait jusqu’au bureau du sieur Delamarre, commissaire du Châtelet, un individu qui, sans débat, avouait tout aussitôt les faits mis à sa charge.
C’était un de ces aberrants passionnels que les psychiâtres d’à présent nomment « exhibitionnistes ». Le mot n’existait pas encore dans la technologie médicale de ce temps-là ; mais la chose précède toujours le mot. Le plaisir favori de cet homme était de flâner dans les chapelles, de rôder autour des piliers de la nef et, quand il se croyait à peu près sûr d’être impuni, de dévoiler brusquement son sexe aux yeux des dévotes médusées.
Vu la rareté du cas, le lieu du sacrilège et le nom du criminel, le commissaire Delamarre, ayant confié son prisonnier à la garde de l’exempt Simonnet, réclamait du lieutenant de police des instructions spéciales. Fallait-il écrouer le satyre à l’Hôpital ou bien, comme il avait de quoi payer pension, à Saint-Lazare, à Charenton ? — « Le Roy veut que vous le fassiez mettre à la Bastille », répondait le ministre Pontchartrain à qui le lieutenant de police en avait lui-même référé ; « et que vous l’interrogiez à fond sur sa naissance et sur les désordres qui ont donné lieu de l’arrester ; après quoi, on verra ce qu’il conviendra de faire ».