Nélida; Hervé; Julien
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1866
«La première production d'une intelligence originale est presque toujours curieuse à étudier: on y découvre en espoir toutes les autres.» Mémoires de Carnot . Nous avons pensé que le public serait de cet avis, et c'est pourquoi nous réimprimons les premières oeuvres de l'écrivain éminent à qui l'on doit quelques-uns des plus beaux travaux historiques et philosophiques de notre temps. Si l'auteur de Nélida , d' Hervé , de Julien , a grandi en talent, et en renommée depuis l'époque (1842-1846) où il livrait à la publicité ces fictions romanesques; si son esprit, de plus en plus libre, s'est élevé d'un essor plus hardi vers la vérité, il n'en est pas moins évident que, dès les premiers essais d'une plume encore inexpérimentée, il se révèle tout entier et tel qu'il sera toujours: passionné, religieux, épris d'un noble idéal, par-dessus tout sincère avec lui-même et avec autrui.
Alle Erscheinungen dieser Zeit zeigen dass die Befriedigung im alten Leben sich nicht mehr findet.
C'était au mois de juin; le soleil, à son midi, inondait l'horizon de clartés; pas un nuage ne voilait la splendeur du ciel. Une chaude brise glissait sur l'étang et se jouait dans les roseaux sonores. Près de la rive, à l'ombre d'un rideau de peupliers, sommeillait un couple de cygnes. Le nénuphar ouvrait ses ailes blanches sur le miroir des eaux. Dans une barque, amarrée au tronc d'un saule dont les rameaux flexibles formaient au-dessus de leurs têtes une voûte mobile et fraîche, deux beaux enfants étaient assis, qui se tenaient par la main. Le plus âgé pouvait avoir une douzaine d'années; c'était un garçon robuste, hardiment découplé, aux yeux noirs, au teint brun: un enfant des campagnes, épanoui au soleil, accoutumé à se jouer librement au sein de la mère nature. L'autre était une jeune fille qui paraissait avoir un ou deux ans de moins. Rien n'égalait la pureté de ses traits; mais son corps frêle avait déjà cette grâce inquiétante des organisations trop délicates ou trop hâtivement développées; son cou, d'une blancheur mate, fléchissait sous le poids de sa chevelure d'or; une pâleur maladive couvrait ses joues; un léger cercle entourait ses yeux d'azur; tout trahissait dans cette créature charmante l'alanguissement des forces vitales.