Le roman de la rose - Tome III
LVI Comment l'Amant trouve Richesse10479. Qui le sentier garde sans cesse Par lequel prennent le château Ceux qui l'avoir ont grand et beau. Pensant à la Rose nouvelle, Près d'une claire fontenelle, En un délicieux pourpris, Dame honorable et belle vis, Gente de corps, belle de forme Prendre le frais dessous un orme. Seyait près d'elle son ami; Ne sais le nom de celui-ci, Mais la dame avait nom Richesse Qui moult était de grand' noblesse Et d'un sentier le seuil gardait, Mais toutefois dedans n'était. Vers eux céans je m'évertue Et tête basse les salue. Ils m'ont assez tôt mon salut Rendu; c'est tout ce qui m'échut. Car me répondit la première Richesse, par parole fière,
Richesce qui parla première,10421. Me dist par parole moult fiere: Richesse. Vez-ci le chemin, ge le gart. L'Amant. Ha! dame, que Diex vous regart! Dont vous pri, mès qu'il ne vous poise, Que m'otroiés que par ci voise Au chastel de novel fondé, Que Jalousie a là fondé. Richesse. Vassaus, ce ne sera pas ores, De riens ne vous congnois encores: Vous n'estes pas bien arrivés, Puisque de moi n'estes privés. Non pas espoir jusqu'à dix ans Ne serés-vous par moi mis ens; Nus n'i entre, s'il n'est des miens, Tant soit de Paris, ne d'Amiens. Bien i lais mes amis aler Karoler, dancier et baler: Si ont ung poi de plesant vie Dont nus sages hons n'a envie. Là sunt servi d'envoiseries, De treches et d'espingueries, Et de tabors et de vieles, Et-de rostruenges noveles, De gieuz de dez, d'eschez, de tables, Et d'autres gieuz moult delitables,
Quand demandai, d'un ton bénin,10501. Vers Trop-Donner le droit chemin: Richesse. Voici le chemin, je le garde. L'Amant. Ah! dame, que Dieu vous regarde! Je vous en prie, octroyez-moi D'aller au castel que je voi, Et que Jalousie a naguère Hélas! bâti pour ma misère. Richesse. Pas encor, vassal, de ce pas; Non, car je ne vous connais pas. Mes amis seuls par cette route Passent, vous vous trompez sans doute. Nul n'entre là s'il n'est des miens, Fût-il de Paris ou d'Amiens; Dix ans au moins faites en sorte De patienter à la porte. J'y laisse mes amis aller Sauter, danser et karoler Et mener moult joyeuse vie, Que nul sage, il est vrai, n'envie. Là ce ne sont qu'amusements, Danses et divertissements, Au son des tambours, des vielles Et des chansons les plus nouvelles; Ce ne sont que mets savoureux Et passe-temps voluptueux,