Les bijoux indiscrets
Des questions graves! Le mot doit faire réfléchir ceux qui se trouveraient trop pressés de condamner ce livre. Des questions graves, mais quelles? D'abord, celle de la réforme du théâtre que Diderot allait tenter bientôt sur la scène même de la Comédie française; ensuite celle des idées philosophiques dont il allait donner, peu d'années après, une formule plus sévère dans l' Interprétation de la nature ; enfin la critique des mœurs de l'époque, critique qui n'était pas sans portée, précisément parce qu'elle était moins fine et moins complaisante que celle du modèle que l'auteur avait choisi, Crébillon fils.
Mais le lecteur verra tout cela, et, sans doute, il jugera qu'il faut pardonner un peu à Diderot la façon dont il s'y est pris pour faire parvenir à des courtisans, à des femmes, à des jeunes gens, des idées dont ils n'auraient jamais eu connaissance s'il les eût consignées dans un livre à l'usage des seuls philosophes. En se reportant à la licence du temps où il écrivait, on verra qu'il ne l'a point dépassée, si ce n'est en latin, et l'on sait quel est le privilége du latin. Ce privilége doit être encore plus facilement accordé à cette langue, aujourd'hui qu'on ne la sait plus.
Les Bijoux sont une œuvre où la jeunesse qui s'en va (Diderot avait trente-cinq ans) lutte encore avec la maturité qui arrive. Lorsque Diderot fut à l'entrée de la vieillesse, lorsqu'il pensa à réunir, chose qu'il ne fit jamais, les pages qu'il avait semées avec tant d'insouciance pendant sa vie, il jugea lui-même sévèrement cet écart. Il disait à Naigeon, qui le rapporte dans ses Mémoires : «Ce ne sont pas les mauvais livres qui font les mauvaises mœurs d'un peuple, mais ce sont les mauvaises mœurs d'un peuple qui font les mauvais livres; ce sont comme les exhalaisons pestilentielles d'un cloaque.» «Quoique le mien, ajoutait-il, fût une grande sottise, je suis très-surpris de n'en avoir pas, à cette époque, fait de plus grande.» Il n'entendait, continue Naigeon, parler de ce livre, même en bien, qu'avec chagrin et avec cet air embarrassé que donne le souvenir d'une faute qu'on se reproche tacitement. Il m'a souvent assuré que, s'il était possible de réparer cette faute par la perte d'un doigt, il ne balancerait pas d'en faire le sacrifice à l'entière suppression de ce délire de son imagination.»
Denis Diderot
LES BIJOUX INDISCRETS
LES BIJOUX INDISCRETS
NAISSANCE DE MANGOGUL.
ÉDUCATION DE MANGOGUL.
QU'ON PEUT REGARDER COMME LE PREMIER DE CETTE HISTOIRE.
ÉVOCATION DU GÉNIE.
DANGEREUSE TENTATION DE MANGOGUL.
ÉTAT DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES DE BANZA.
EXPÉRIENCES D'ORCOTOME.
LES BRAMINES.
VISION DE MANGOGUL.
LES MUSELIÈRES.
DES VOYAGEURS.
DE LA FIGURE DES INSULAIRES, ET DE LA TOILETTE DES FEMMES.
LES DEUX DÉVOTES.
RETOUR DU BIJOUTIER.
ÉCHANTILLON DE LA MORALE DE MANGOGUL.
SUITE DE LA CONVERSATION PRÉCÉDENTE.
MANGOGUL AVAIT-IL RAISON?
RÊVE DE MIRZOZA.
LES SONGES.
HISTOIRE DES VOYAGES DE SÉLIM.
SÉLIM A BANZA.
CYDALISE.
ÉVÉNEMENTS PRODIGIEUX DU RÈGNE DE KANOGLOU, GRAND-PÈRE DE MANGOGUL.
L'AMOUR PLATONIQUE.