Les trois pirates (2/2)
PAR ÉDOUARD CORBIÈRE, AUTEUR DE LE NÉGRIER.—LE BANIAN.—LES ASPIRANS, ETC.
PARIS WERDET, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 49, RUE DE SEINE-SAINT-GERMAIN.
1838
«Quand finalement nous fûmes rendus aux environs de la côte de Guinée, mon second, qui réglait à ma place la route dont je n'avais pas la pratique, s'en vint m'avertir avec subordination, que je me trouvais rendu à peu près où j'avais voulu me rendre. Je lui demandai comment on pouvait appeler les parages où nous nous trouvions sur la carte marine. Il me répondit: Capitaine, ça peut s'appeler l' île du Prince .
—Et ne voit-on pas quelque chose au large? lui ripostai-je, pour voir ce qu'il riposterait lui-même à cette question. Quelque chose , vous m'entendez bien, les enfans; le quelque chose dont la sorcière m'avait soufflé le mot, il y avait déjà deux ou trois mois.
—Mais, mon capitaine, me répondit le second, on ne voit rien autre chose, sauf le respect que je vous dois, que l'île dont je viens d'avoir l'honneur de vous réciter le nom.
«Il n'y avait pas deux minutes que je venais de causer de cette manière avec mon second, qui n'entendait pas trop ce que je voulais lui dire, que la vigie du grand mât se mit à crier: Navire!
—Où, navire? que je demande en sautant immédiatement sur le pont, les cheveux tout écouvillonnés sur la tête.
—Sous le vent à nous! là! capitaine, à environ trois bonnes lieues, s'écria l'homme de la vigie.
—Est-il gros?
—Mais il paraît entre les deux, ni trop gros, ni trop petit.
—Oui, entrelardé? n'est-ce pas, l'aveuglé! Et ne vois-tu pas quelque chose à côté de lui?