Scènes de mer, Tome I

Le négrier La mer et les marins Les pilotes de l'iroise Les contes de bord Le prisonnier de guerre Les aspirans de marine Deux lions pour une femme
Le désir de réaliser quelques bons projets de spéculation avait réuni à bord du même brick deux individus d'humeur et d'espèces différentes.
L'un était le capitaine Sautard;
L'autre, le subrécargue Laurenfuite.
Le capitaine Sautard était un de ces hommes qui, ayant usé de tout un peu et n'ayant abusé de rien, allait au positif par tous les chemins possibles, hors ceux des douces illusions. Quand une bonne occasion se rencontrait sur sa route, il cherchait à la saisir, en vrai corsaire, comme il aurait fait d'une prise richement chargée. Mais quand la fortune qu'il aurait été bien aise de tâter semblait vouloir le faire courir long-temps après elle, il laissait là la fortune, sans se décider à faire cent pas pour la ramener à lui.
Figurez-vous un gros petit être un peu plus que blond, un peu moins que rouge, d'une physionomie commune et riante, âgé à peu près d'une quarantaine d'années, et vous aurez approximativement une idée de l'exté-rieur d'homme dans lequel se reflétait le caractère du capitaine Sautard.
Quant à M. Laurenfuite, le subrécargue, c'était une tout autre affaire.
M. Laurenfuite savait chanter faux avec une prétention ridicule que l'on ne pouvait comparer qu'à l'inexorable sottise avec laquelle il faisait grincer sous ses doigts une guitare ordinairement montée en la majeur. Tous les instans qu'il ne donnait pas à sa toilette, il les consacrait à la musique, et sa passion philharmonique avait cela de malheureux, qu'il lui suffisait de prendre son instrument ou de roucouler une tendre romance pour mettre tout un équipage de la plus mauvaise humeur possible. Les matelots même allaient jusqu'à attribuer aux accens de ce malheureux Amphion un pouvoir fatal, que n'avaient certes pas les accords de sa lyre, quelque redoutables qu'ils fussent, sous sa main recouverte de trois ou quatre gros diamans. Quand le vent venait à changer et à contrarier le capitaine, et quand l'azur du ciel commençait à se couvrir de sombres nuages annonçant la tempête, les oracles du gaillard d'avant du brick l'Aimable-Zéphyr se disaient entre eux:

Edouard Corbière
Содержание

О книге

Язык

Французский

Год издания

2006-04-03

Темы

Sea stories; French fiction -- 19th century

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