La roue
ÉLIE FAURE
« Plus on est de fous, plus on rit… » Sagesse des Nations.
ÉDITIONS GEORGES CRÈS ET C ie 116, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS 5, RAMISTRASSE, ZURICH
MCMXIX
DU MÊME AUTEUR
IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE 30 exemplaires sur papier vélin de Rives (dont 5 hors commerce) numérotés de 1 à 25 et de 26 à 30.
Copyright by G. Crès et C ie , 1919. Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.
A CHARLES PEQUIN Peintre
LA ROUE
D’où venaient-ils ? Où allaient-ils ? Peut-être n’en savaient-ils rien l’un et l’autre. Depuis un moment déjà, ils cheminaient côte à côte, sans s’être encore parlé. L’un était un long homme maigre, grisonnant déjà, avec des os saillants, des traits creusés, la taille droite, un regard triste et un grand pas régulier et majestueux. L’autre petit, replet, des yeux plissés, un crâne chauve, une figure de magot. Celui-là propre et net, sous la poussière de la route, à travers qui luisaient des boutons d’uniforme et quelques galons d’or pâli. Celui-ci tout huileux de taches, avec un habit mal coupé.
— Je suis pharmacien, dit enfin le petit homme.
— Et moi soldat, dit l’homme long.