Le féminisme
Il ne faudra pas s'arrêter à ce qui pourra désobliger un peu ou égayer trop à la lecture des premières pages, sans compter les autres. M. Turgeon n'a pas de goût. Il est trop long. Il ignore que le secret d'ennuyer est celui de tout dire et surtout de tout répéter. Ce qu'il nous apprend en deux volumes aurait pu être dit en un seul, et aurait gagné à cette compression. De plus, M. Turgeon a une manière tantôt déclamatoire, tantôt plaisante, toujours banale, qui peut irriter les délicats, qui sont «malheureux» sans doute, mais dont il faut ménager les susceptibilités.
Ce qui est plus gênant, c'est que, bien souvent, on hésite sur les tendances du livre de M. Turgeon. Les conclusions de cet ouvrage sont formellement «féministes»; mais il est si facile de s'égayer sur les ridicules du féminisme, et M. Turgeon sait si peu se refuser ce divertissement inoffensif, qu'à chaque instant on le croit parti pour la croisade antiféministe la plus belliqueuse. Il en résulte une certaine indécision, qui, pour n'être pas dans l'esprit de l'auteur, naît, cependant, et par sa faute, dans celui de son lecteur.
Il est certain, qu'à avoir la mémoire hantée de certains manifestes clamés dans les congrès féministes; du livre de M. Jules Bois ou de celui de M. Léopold Lacour, tout remplis d'un lyrisme échauffé qui n'a avec l'observation et la logique que rapports lointains; d'effusions, lyriques encore, comme celles de M. Jean Izoulet: «cette flore psychique, flore d'ombre pendant tant de siècles, ne demande qu'à s'élever et à s'épanouir... C'est nous qui sommes destinés à voir se ranimer et fleurir de toutes ses fleurs mystiques l'âme de la femme, ce véritable jardin secret,»—on est tout porté à prendre le féminisme par ses aspects réjouissants, quand bien même on est animé à son égard des intentions les meilleures. Mais il faudrait laisser résolument de côté tout ce galimatias à l'usage et peut-être à destination de «pecques provinciales», lesquelles sont en bon nombre, surtout à Paris, et ne jamais quitter le fond des choses, qui est sérieux, qui est même tragique et qui n'est aucunement du domaine de la romance sentimentale.