Note concernant les Aoulad-Daoud du Mont Aurès (Aourâs)
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NOTE CONCERNANT LES AOULAD-DAOUD DU MONT AURÈS (Aourâs)
PAR Émile MASQUERAY
ALGER ADOLPHE JOURDAN, LIBRAIRE-ÉDITEUR 4, PLACE DU GOUVERNEMENT, 4
1879
Le cheïkh des Halha, fraction maraboutique des Aoulâd-Daoud, était, au mois de septembre 1876, un petit vieillard robuste qui possédait quelque bien dans la plaine de Medîna du Chellia, et près du village d’El-Hammâm. Il n’avait guère de relations avec l’autorité supérieure, et se contentait de battre son blé quand il était mûr. Si un serviteur du qaïd ou un cavalier du bureau lui apportait un ordre, il réunissait ses enfants sur l’aire, et, quand il avait pris leur avis, il consultait sa femme, Announa. Je la revois debout devant le cheïkh assis, grande et mince quoique âgée de près de cinquante ans, vêtue de bleu, la tête entourée d’un foulard rouge, et parée de grandes boucles d’oreille d’argent. Nous tombâmes malades de la fièvre, le cheïkh et moi ; ma tente fut dressée à côté de la sienne, et ses fils allaient de l’une à l’autre comme si j’eusse été un des leurs. Quand je pus me lever, la petite famille m’installa sous de beaux arbres au bord d’un ravin voisin ; les jeunes gens portaient ma table et ma chaise et me tenaient compagnie. Quelques passants s’approchaient timidement, s’asseyaient, regardaient, puis revenaient le lendemain : ces nouveaux amis m’apportaient des grenades ou des figues.
C’est là, au cœur même de cet Aourâs tant redouté, que j’ai recueilli les renseignements qui suivent. Je les ai laissés dans leur forme première, tels que je les ai soumis à M. le Gouverneur général civil, au commencement de juin 1879, suivant le précepte de Montaigne : « Je voudrais que chascun escrivit ce qu’il sçait, et autant qu’il en sçait. » Quant au fond, si j’ai été sobre de détails comme il convenait dans un rapport sommaire, je puis me porter garant d’une exactitude absolue sur tous les points. Du moins, cette étude m’est personnelle, et je n’ai eu recours à aucun document officiel.