Huit gouttes d'opium
ERNEST PÉROCHON
CONTES POUR DORMIR A LA VEILLÉE
PARIS LIBRAIRIE PLON PLON-NOURRIT ET C ie , IMPRIMEURS-ÉDITEURS 8, RUE GARANCIÈRE — 6 e
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Il a été tiré de cet ouvrage 100 exemplaires sur papier de Hollande Van Gelder, numérotés de 1 à 100.
L’édition originale a été tirée sur papier alfa.
DU MÊME AUTEUR, A LA MÊME LIBRAIRIE
Ce volume a été déposé au ministère de l’intérieur en 1925.
Copyright 1925 by Plon-Nourrit et C ie .
Droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays.
La mère de Dominique, c’était Sandrine, la laveuse. Quant à son père, on n’a jamais bien su : peut-être Roques le boquillon, peut-être Babylas le colporteur, peut-être un homme marié, ou un garçon tout jeune, ou un vilain vieux bonhomme. Au fond, cela n’a pas d’importance, et, d’ailleurs, quand on n’est pas mêlé directement à de telles histoires, il vaut mieux ne pas s’en occuper.
Pourtant, on peut dire, sans courir le risque de se tromper, que le père de Dominique était un individu de pas grand’chose. Sans quoi, premièrement, il ne se fût pas attaqué à cette Sandrine, une fille laide, déjà âgée et, surtout, très pauvre d’esprit. Ensuite, s’il eût été quelqu’un de bien posé dans le pays, Sandrine, toute sotte qu’elle était, n’eût pas manqué de le nommer et de lui offrir le cadeau. Or, toutes les voisines qui cherchèrent à savoir, — il y en eut de rusées et qui savaient démêler la laine, — toutes en furent pour leurs frais. Le frère de Sandrine, Anselme le maçon, qui, pourtant, tarabusta longtemps sa sœur, n’en put rien tirer non plus.