Brelan marin
EUGÈNE MONTFORT
PARIS BIBLIOTHÈQUE DES MARGES A LA LIBRAIRIE DE FRANCE 99, BOULEVARD RASPAIL, 99
MCMXXII
Il a été tiré de cet ouvrage cinquante exemplaires numérotés sur papier de chiffons.
DU MÊME AUTEUR
Romans : Les Cœurs malades . La Turque . Le Chalet dans la montagne . La Maîtresse américaine . La Chanson de Naples . Les Noces folles . La Belle-Enfant . Un Cœur vierge .
Poèmes en prose : Sylvie ou les émois passionnés . Chair . Essai sur l’Amour .
Divers : La Beauté moderne . En flânant de Messine à Cadix . Montmartre et les Boulevards . Les Marges, 1903-1908 . Mon Brigadier Triboulère .
C’est une admirable ville que Palerme. Elle est située dans un paysage magnifique, et les Espagnols, qui l’ont possédée pendant trois siècles, y ont bâti des monuments majestueux et lui ont imprimé un caractère de rudesse et de grandeur, qui, dans la douceur de ce ciel, et traversé par les molles brises de la mer Tyrrhénienne, prend une étrange saveur.
Il n’est pas besoin d’avoir fait grand chemin dans la cité pour s’y sentir saisi par le prestige du passé. A chaque pas, de vieux palais, dont les portails sculptés s’ouvrent largement sur la rue, découvrent des cours où l’on aperçoit des galeries voûtées et des escaliers de marbre, et l’on rêve à l’époque où des carrosses roulaient à grand fracas sur le pavé, et où des seigneurs haut bottés et des dames en robes à traîne, qui revenaient de la messe, se saluaient cérémonieusement en passant. La petite place des Quattro Canti, qu’entourent des maisons surchargées d’ornements et parées de statues royales, se trouve au centre de Palerme et, du matin au soir, la plus grande animation y règne. Une foule, à la fois vive et nonchalante, où l’on croit retrouver les traits de la fierté castillane et de la volupté arabe, la couvre sans cesse.
A la fin du siècle dernier, je m’étais fixé pour un hiver dans cette ville. Je logeais chez un descendant d’une famille espagnole, de qui les aïeux étaient venus s’installer jadis en Sicile, il signor Herrera, et j’occupais, précisément dans un des palais anciens de la via Maqueda, au deuxième étage, un petit appartement dont les fenêtres, ouvrant sur la rue, me permettaient de jouir, dès le matin, du mouvement des Quattro Canti tout voisins.