Les aventures de Télémaque suivies des aventures d'Aristonoüs
SUIVIES DES AVENTURES D'ARISTONOÜS
ÉDITION REVUE SUR LES MEILLEURS TEXTES ET ACCOMPAGNÉE DE NOTES GÉOGRAPHIQUES
79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79 Librairie Hachette et C ie .
1893
Les astérisques ( ) qu'on rencontrera dans cette édition indiquent les passages des auteurs grecs, latins et français traduits ou imités par Fénelon.
ET LE TÉLÉMAQUE.
François de Salignac de la Mothe Fénelon naquit le 6 août 1651 au château de Fénelon, dans le Périgord. Après avoir fait ses premières études au milieu de sa famille, il alla terminer ses humanités à l'université de Cahors, et étudier la philosophie à Paris, au collège Du Plessis. On rapporte que, comme Bossuet, il fit éclater un jour dans les exercices de l'école l'éloquence qui devait plus tard l'illustrer.
Au sortir du séminaire de Saint-Sulpice, à peine âgé de vingt-quatre ans, il songe à se consacrer aux missions du Canada : on l'en détourne; son imagination le porte aussitôt vers la Grèce et le Levant ; mais la faiblesse de sa santé et les conseils de ses supérieurs le retiennent en France. Il est chargé de la direction des Nouvelles-Catholiques , couvent de jeunes protestantes récemment converties, et demeure pendant dix ans à la tête de cette institution. C'est là qu'il conçut et composa son premier ouvrage, le traité de l'Éducation des filles . Mais il ne le publia que quelques années plus tard (1687).
Lors de la révocation de l'édit de Nantes (1685), une mission lui fut confiée dans la Saintonge et l'Aunis ; on offrait de prêter à son zèle apostolique le Secours des dragons du roi ; Fénelon refusa de s'appuyer sur la terreur des armes, et il eut la joie d'opérer sans leurs concours de nombreuses conversions.
Fénelon était arrivé à l'âge de trente-huit ans ; l'éclat de son éloquence, qui s'était déployée dans sa mission en Saintonge et dans son célèbre Sermon pour la fête de l'Epiphanie , ses vertus, et l'estime qu'il avait inspirée aux plus hauts personnages de la cour et de l'Église, tout le désignait pour l'épiscopat où pour une autre fonction éminente. Le lendemain du jour où le duc de Beauvillier fut nommé gouverneur du duc de Bourgogne (1689), Fénelon se vit appelé auprès du jeune prince en qualité de précepteur, comme Bossuet l'avait été auprès du dauphin. Le duc de Bourgogne annonçait les plus mauvaises dispositions : c'était un caractère dur, emporté, opiniâtre, hautain, incapable de souffrir la moindre résistance à ses caprices ; mais son esprit était juste et son intelligence très-vive. C'était peu pour Fénelon de développer les qualités de son élève : il entreprit de dompter l'humeur farouche du jeune prince, et il en vint à bout ; mais ce ne fut pas sans efforts et sans luttes : il annonça même un instant à son élève l'intention de renoncer à une éducation si pénible. Enfin, tel fut l'ascendant qu'il sut exercer sur le duc de Bourgogne, en s'adressant à la fois à son esprit et à son cœur, qu'il devint maître de cette nature rebelle et la transforma au gré de ses désirs. Cette impétuosité se changea en douceur, cette fierté en modestie, cette opiniâtreté en soumission, et presque en faiblesse.