L'homme sauvage et Julius Pingouin
FRÉDÉRIC BOUTET
PARIS FÉLIX JUVEN, ÉDITEUR 122, RUE RÉAUMUR, 122
DU MÊME AUTEUR
Pour paraître :
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RÉSUMÉ HISTORIQUE AVEC REPRODUCTION DES DOCUMENTS ORIGINAUX
Le dimanche de Quasimodo de l’an 19…, à huit heures dix minutes, M. Méandre, père de famille et chef de bureau, était en train, avec sa femme et ses quatre enfants, de prendre le repas du soir dans la confortable salle à manger de l’appartement par lui occupé au quatrième étage de la maison portant le numéro 3 du quai Bois-l’Encre, dans le quartier du Raisin-Sec.
La servante Anna, jeune provinciale de dix-neuf ans, assurait le service et venait de poser au milieu de la table un plat fumant de perdrix aux choux.
C’est alors que se produisit le phénomène premier et générateur de la plus extraordinaire suite d’événements qui se soit jamais déroulée au sein d’une nation civilisée et qui ait jamais passionné jusqu’au délire les esprits de tous les pays ; — enrayant la marche des affaires, engendrant les plus profondes perturbations religieuses, politiques et financières, faisant monter dans des proportions vertigineuses le tirage de tous les journaux — jusqu’au dénouement tant souhaité qui fut un soulagement pour toutes les nations.
Le phénomène fut tel : Subitement, sans que le moindre signe préalable vînt annoncer la chose, le crochet peint en blanc qui soutenait la suspension éclairant la table, s’arracha de la situation qu’il occupait dans le plafond depuis toujours. La suspension, privée de support, tomba perpendiculairement.
Son poids formidable, la brisant elle-même en mille morceaux, anéantit les perdrix aux choux, — émiettant le plat, rompant à demi la table, détruisant la verrerie et lançant dans les airs une nuée de débris solides ou liquides, enflammés ou graisseux, lesquels s’abattirent sur la famille Méandre tout entière. Un litre environ d’une substance verte et sirupeuse, pareille à une puante vase, s’écoula ensuite par le trou formé dans le plafond.