Valérie
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Lettre de Mme de Krüdener à Bérenger, 1805:
C'est à Lyon que j'achevai Valérie. (…) On me pressa, d'achever, et j'achevai ce romanesque et très fidèle tableau d'une passion sans exemple comme sans tache. (…) Je vois, au reste, par ce succès de ma chérissime Valérie, que la piété, l'amour pur et combattu, les touchantes affections, et tout ce qui tient à la délicatesse et à la vertu, émeuvent et touchent plus en France qu'ailleurs.
Opinion de Sainte-Beuve in Portraits de femmes (1886)
(…) Mme de Krüdener (…) nous envoyait un petit chef-d'oeuvre où les teintes du Nord venaient, sans confusion, enrichir, étendre le genre des Lafayette et des Souza. Après Saint-Preux, après Werther, après René, elle sut être elle-même, à la fois de son pays et du nôtre, et introduire son mélancolique scandinave dans le vrai style de la France (…) Valérie, par l'ordre des pensées et des sentiments, n'est inférieure à aucun roman de plus grande composition, mais surtout elle a gardé, sans y songer, la proportion naturelle, l'unité véritable; elle a, comme avait la personne de son auteur, le charme infini de l'ensemble. (…) Le style de ce charmant livre est, au total, excellent, eu égard au genre peu sévère: il a le nombre, le rythme, la vivacité du tour, un perpétuel et parfait sentiment de la phrase française.
Opinion de Paul Lacroix in Madame de Krudener, ses lettres et ses ouvrages inédits, étude historique et littéraire, par P. L. Jacob bibliophile (Paul Lacroix), 1880
(…) Mme de Krüdener (…) possédait au plus haut degré le talent d'exprimer ses idées dans un langage facile, élégant, harmonieux. Etrangère, elle avait deviné notre langue plutôt qu'elle ne l'avait apprise, et elle s'en servait avec un merveilleux instinct, qui suppléait à cette science, à cet art, qu'on acquiert à force de travail et de temps. (…)
1878
(…)
Je me trouvais, il y a quelques années, dans une des plus belles provinces du Danemark: la nature, tour à tour sauvage et riante, souvent sublime, avait jeté dans le magnifique paysage, que j'aimais à contempler, là de hautes forêts, ici des lacs tranquilles, tandis que dans l'éloignement, la mer du Nord et la mer Baltique roulaient leurs vastes ondes au pied des montagnes de la Suède, et que la rêveuse mélancolie invitait à s'asseoir sur les tombeaux des anciens Scandinaves, placés, d'après l'antique usage de ce peuple, sur des collines et des tertres répandus dans la plaine.