Pauvre et douce Corée - Georges Ducrocq

Pauvre et douce Corée

GEORGES DUCROCQ
PARIS H. CHAMPION, LIBRAIRE 9, QUAI VOLTAIRE, 9 1904
PARIS IMPRIMERIE DE J. DUMOULIN 5, rue des Grands-Augustins, 5
Aux Coréens parce qu’ils aiment la France, Aux Français de là-bas qui l’ont fait aimer.
Celui qui arrive à Séoul par la colline du Nam-San aperçoit, entre les arbres, un grand village aux toits de chaume. Il a d’abord peine à croire que ces cabanes enfumées soient la capitale de la Corée. Mais l’immense étendue qu’elles couvrent et la ceinture de remparts et de portes monumentales qui les enveloppe ne laisse aucun doute : Séoul est à nos pieds et c’est une paysanne qui ne paye pas de mine. Pourtant les chaumières ont un air bon enfant ; elles annoncent une grande pauvreté, mais ne sont pas tristes. Une lumière extrêmement pure et délicate baigne ce visage de pauvresse et en détaille tous les contours.
Épaisses et basses, les couvertures des toits se recroquevillent au soleil comme des chattes, elles semblent couver de très douces vies familiales ; les rues font des détours capricieux et les angles des logis les font dévier ; quelques grandes chaussées traversent de part en part la capitale et tracent dans les quartiers confus de belles lignes droites. Au-dessus des chaumes ensoleillés, des cours étroites où respirent des pots de fleurs, des ruelles tortueuses, s’élève un nuage léger, tout bleu, qui monte droit, quand la brise ne souffle pas. Les foyers fument, il y a donc des femmes qui les empêchent de s’éteindre et du bonheur dans les maisons.
La maison coréenne est d’abord une œuvre de charpente. Une fois la terre tassée, on y plante des poteaux qui soutiennent les poutres transversales et forment une solide carcasse. Le menuisier arrive ensuite avec ses lattes et construit une case à claire-voie. Pour que la bise n’y entre pas, on appelle enfin le maçon qui gâche de la boue et de la paille hachée, applique cette pâte sur le bois, et pour lui donner de la consistance y met des rangées de pierres, chacune bizarrement retenue par une ficelle. Ainsi, à rebours de chez nous, le mur coréen n’est pas un soutien, mais un matelas contre le froid, un écran contre les indiscrets et les voleurs. L’été, le Coréen s’en passerait fort bien et les maisons des pauvres ne sont calfeutrées que de tiges de sorgho et de papier. Les murs tombent souvent en poussière et on songe à les rebâtir lorsque le froid pince.

Georges Ducrocq
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О книге

Язык

Французский

Год издания

2024-12-15

Темы

Seoul (Korea) -- Social life and customs -- 19th century; Seoul (Korea) -- Social conditions -- 19th century

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