Le cycle patibulaire
DU MÊME AUTEUR Kees Doorik. Kermesses. Les Milices de Saint-François. Nouvelles Kermesses. La Nouvelle Carthage. Les Fusillés de Malines. Au Siècle de Shakespeare. Mes Communions. Philaster ( tragédie de Beaumont et Fletcher). La Duchesse de Malfi ( tragédie de John Webster).
IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE: Trois exemplaires sur Japon impérial, numérotés de 1 à 3, et douze exemplaires sur Hollande, numérotés de 4 à 15.
A Arnold Gaffin .
Allons, Monsieur Jules.... Un petit tour de jardin.... Il est dans son beau à présent.... Fille, ouvre donc la porte à monsieur... car il a l'air de ne pas savoir le chemin....
Ah! oui, le jardin!
Il s'enfonçait, oblong et assez vaste, derrière la maison sans étage. On poussait une petite claire-voie peinte en vert qui le séparait de la cour et empêchait les poules d'y pénétrer. Par-dessus la haie vive émergeaient le clocher du village et la plus haute croix du cimetière. Une gloriette tressée de liserons, de capucines, d'aristoloches et de pois de senteur, occupait un des angles du fond.
C'est pourtant dans cet enclos rustique, trop régulier, à la fois courtil, jardin et potager, tracé au cordeau, propret et symétrique jusqu'à la manie, semé de plantes prolifiques et voyantes, arborant de gros fruits rubiconds et peu délicats, fleuri de roses perpétuelles, de dahlias, de tournesols, de pivoines; des carrés de choux alternant avec des buissons de groseilliers; c'est dans ce jardin vulgaire que vaguent obstinément mes souvenirs, à chaque printemps, quand il fait très doux et que cet air tiède vous serre tendrement la gorge et vous donne envie de pleurer....
Avec ses légumes violets, ses poiriers taillés en pyramides, à la fois luisant et haut en couleur, il me faisait l'effet d'un pataud endimanché, faraud et guindé, cachant sous des étoffes trop caties et peu coûteuses son grand corps charnu et taillé à grands coups.
En fîmes-nous souvent le tour, dans tous les sens; l'avons-nous parcouru de toutes façons; me suis-je extasié, pour flatter ton brave homme de père, devant les puériles arabesques de buis et d'œillets nains, devant ces petits chemins en spirale et cette statuette en plâtre portant sur la tête un vase de clématites,—dis, ma bien-aimée d'alors, ma plantureuse idole d'autrefois, ma taure bénigne aux fortes hanches, aux yeux confiants, aux joues framboisées!...