La naissance et l'évanouissement de la matière
LES HOMMES ET LES IDÉES
PAR LE D r GUSTAVE LE BON
PARIS SOCIÉTÉ DV MERCVRE DE FRANCE XXVI, RVE DE CONDÉ, XXVI
MCMVIII
DANS LA MÊME COLLECTION
HENRI DE RÉGNIER ET SON ŒUVRE, par Jean de Gourmont, avec un portrait et un autographe 1 vol.
La science croyait autrefois, et beaucoup de personnes croient encore, que la matière se compose d’éléments inertes et indestructibles. Créés à l’origine des choses, ils devaient conserver à travers tous les changements une durée éternelle. Rien ne se crée, rien ne se perd, disait la chimie, et elle était fondée à le dire, puisque, malgré toutes les transformations qu’on lui faisait subir, la matière paraissait toujours conserver le même poids.
La science nous apprend tout autre chose aujourd’hui. Elle nous montre la matière composée de petits systèmes solaires en miniature, formés d’éléments gravitant les uns autour des autres avec une immense vitesse et ne devant leur stabilité qu’à cette vitesse même. Elle nous dit que l’atome est le siège de forces colossales auprès desquelles ne sont rien celles que l’industrie manie et que peut-être cette même industrie pourra utiliser un jour. Elle nous dit encore que cette matière, siège d’une vie intense, possède une sensibilité invraisemblable qui la fait se modifier sous les influences les plus légères. Elle nous dit enfin que, loin d’être éternelle, la matière obéit à cette loi fatale qui condamne les choses et les êtres à mourir.
Ces recherches, dont le résultat fondamental, très imprévu il y a bien peu d’années encore, fut de montrer que la matière n’était pas indestructible, se sont rapidement répandues dans les laboratoires. Quelques-unes de nos propositions, considérées comme très révolutionnaires quand nous les formulâmes pour la première fois, commencent à devenir presque banales aujourd’hui, bien que très éloignées cependant d’avoir porté toutes leurs conséquences. Lorsque celles-ci se dérouleront, elles conduiront à renouveler un édifice scientifique dont la stabilité semblait éternelle.