Patrice, ou les pionniers de l'Amérique du nord - H. de Chavannes de la Giraudière - Livre

Patrice, ou les pionniers de l'Amérique du nord

TOURS ALFRED MAME ET FILS, ÉDITEUR
On était à la fin du mois d'octobre; il avait plu toute la journée, et vers les huit heures du soir, au moment où Mme la Place versait une tasse de thé à son mari assis au coin du feu en lisant son journal, une furieuse rafale s'éleva tout à coup, s'engouffra dans la cheminée avec le bruit du tonnerre, et remplit toute la maison de sifflements étranges.
Henri, le fils de M. la Place, jeune garçon de douze ans qui faisait une partie de dominos avec sa soeur Hélène, un peu plus âgée que lui, s'écria aussitôt en entendant le fracas de la tempête; «Quel temps, mon Dieu! pour ma tante et mes cousines!
--Bah! dit M. la Place en voyant pâlir sa femme, ils sont démanchés maintenant. Victor connaît son métier, il a un excellent navire, et il doit être sur ses gardes, car depuis ce matin tout annonçait un coup de vent. Si je ne vous en ai rien dit, c'est qu'il était inutile de vous tourmenter d'avance.»
Pour comprendre l'exclamation de Henri, l'émotion de Mme la Place et la réflexion de son mari, il faut que vous sachiez, mes chers lecteurs, que cinq jours auparavant la soeur de Mme la Place était partie du Havre avec ses deux enfants pour aller rejoindre à New-York M. le Noir, son époux, et qu'ils avaient pris passage sur un navire commandé par un ami de M. la Place, nommé Victor.
Je dois encore vous expliquer la signification du mot démancher , dont s'est servi M. la Place. Ce terme est très fréquemment employé par les marins des ports situés le long de la Manche, détroit qui sépare la France de l'Angleterre. Démancher se dit d'un navire qui sort de la Manche et parvient en pleine mer. Emmancher , au contraire se dit d'un navire qui s'engage dans ce détroit.
«Père, reprit Henri, pourquoi donc le bâtiment qui porte ma tante est-il moins exposé en pleine mer que dans la Manche? Il me semble que le vent doit être beaucoup plus fort et les vagues beaucoup plus hautes en pleine mer que près des côtes.
--Il est très vrai, répondit M. la Place, que la mer est plus dure et que le vent est plus violent en pleine mer que partout ailleurs; mais, malgré cela, un navire solide et manoeuvré par de bons matelots, commandé par un capitaine brave et expérimenté comme Victor, ne court presque aucun danger quand il navigue à un millier de kilomètres de la terre la plus proche. La raison en est simple: un grand bâtiment bien construit et en bon état résiste parfaitement aux lames les plus furieuses, parce qu'elles ne peuvent ni entamer ses robustes flancs, ni par conséquent pénétrer dans son intérieur. Le vent lui-même, si impétueux qu'il soit, a très peu de prise sur ses mâts privés de voiles. Le capitaine du navire qui subit une tempête au milieu de l'Océan, et cela m'est arrivé plus d'une fois, se laisse emporter par elle, et fuit devant le vent, de quelque côté qu'il souffle, parce qu'il ne craint pas d'être jeté sur une côte, contre laquelle il se briserait infailliblement.

H. de Chavannes de la Giraudière
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О книге

Язык

Французский

Год издания

2009-06-20

Темы

Frontier and pioneer life -- Québec (Province) -- Juvenile fiction

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