Relation de l'Islande
A PARIS,
Chez LOUIS BILLAINE, au second pillier de la grand' Salle du Palais, à la Palme, & au grand Cesar.
M. DC. LXIII.
MONSEIGNEUR,
Si vostre Altesse Serenissime me fait l'honneur de m'acorder la grace que je luy demànderay quelque jour, d'escrire les Merveilles de sa Vie; je feray son Panegirique en faisant son Histoire: Et la narration toute nuë des esclatantes actions qu'Elle a faites, efacera tout ce que l'antiquité a dit & escrit des plus Grâns-guerriers & des plus Grâns-hommes des siecles passez. En atàndant, MONSEIGNEUR, que j'aye l'esprit ràmply du Genie, qui m'inspire une si haute pànsee; je Vous suplie tres humblement de trouver bon que je die en ce lieu: Que Vos inclinations ne sont pas toutes pour la guerre: Que Vous en avez d'aussi fortes pour les beles letres: Et que l'ardeur incomparable de Vostre Esprit, Vous porte aussi avant dans les sciànces, que cele de Vostre Cœur Vous engage dans les combats.
Trouvez bon aussi, MONSEIGNEUR, qu'en Vous donnant le divertissemànt d'une Relation, que j'ay autrefois escrite à M. de la Mote le Vayer, illustre par son rare savoir, & par le glorieux employ que sa Vertu luy a aquis aupres d'un si Grand Prince, qu'est le FRERE UNIQUE DE NOSTRE GRAND ROY; J'entretiene V. A. ser. me de quelques reflexions que j'ay faites, sur ce que les anciens Geografes n'ont presque rien connu du globe de la terre, ou qu'ils n'en ont connu que de fort petites parties. Ils ont creu que toute l'estàndüe de ce globe, qui est entre les deux Tropiques, & qu'ils ont apelée, Zone Torride , estoit inhabitée & inhabitable. Ils n'ont seu du levant, que ce qui est au deça du Gange, & presque rien au delà, que par presomption & par oüy dire. Ils ont fixé leur couchant aux Isles fortunées, qui sont aparamment nos Canaries. Ils se sont imaginez que la mer Hiperborée, & que l'Islande, dont je fay icy la relation, estoient les derniers termes de ce que l'on pouvoit descouvrir du Septàntrion. Et ne sachant que dire de la Terre Australe, ils l'ont telement ignorée, qu'ils se sont figurez que c'estoit la demeure des Morts, & la fable de leurs Enfers.