Dans l'ombre chaude de l'Islam
Isabelle EBERHARDT & Victor BARRUCAND
HUITIÈME MILLE
PARIS Librairie CHARPENTIER et FASQUELLE EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR 11, RUE DE GRENELLE, 11
1921 Tous droits réservés
Il a été tiré de cet ouvrage Dix exemplaires numérotés sur papier du Japon.
Aïn-Sefra, mai 1904.
J’avais quitté Aïn-Sefra l’an dernier aux souffles de l’hiver. Elle était transie de froid, et de grands vents glapissants la balayaient, courbant la nudité frêle des arbres. Je la revois aujourd’hui tout autre, redevenue elle-même, dans le rayonnement morne de l’été : très saharienne, très somnolente, avec son ksar fauve au pied de la dune en or, avec ses koubba saintes et ses jardins bleuâtres.
C’est bien la petite capitale de l’Oranie désertique, esseulée dans sa vallée de sable, entre l’immensité monotone des Hauts-Plateaux et la fournaise du Sud.
Elle m’avait semblé morose, sans charme, parce que la magie du soleil ne l’enveloppait pas de l’atmosphère lumineuse qui est tout le luxe des villes d’Afrique. Et maintenant que j’y vis en un petit logis provisoire, je commence à l’aimer. D’ailleurs, je ne la quitterai plus pour un maussade retour vers le Tell banalisé, et cela suffit pour que je la regarde avec d’autres yeux. Quand je partirai, ce ne sera que pour descendre plus loin, pour m’en aller là-bas, vers le grand Sud, où dorment les « hamada » sous l’éternel soleil.
Parmi les peupliers à troncs blancs, en longs sentiers, suivant les premières ondulations de la dune, avec des parfums retrouvés de sève et de résine, j’ai l’illusion de me perdre en forêt. C’est une sensation très douce et très pure que teinte par moments de sensualité l’haleine plus lointaine d’un bouquet d’acacias en fleurs. — Que j’aime la verdure exubérante et les troncs vivants, plissés d’une peau d’éléphant, de ces figuiers gonflés de lait amer, autour desquels bourdonnent des essaims de mouches dorées !
Dans ce jardin surpris en pleine aridité j’ai passé des heures longues, couchée à la renverse, me grisant d’immobilité sous la caresse tiède des brises, à regarder les branches, à peine agitées, aller et venir sur le fond éblouissant du ciel, comme les agrès d’un navire balancé doucement.
Isabelle Eberhardt
Victor Barrucand
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DANS L’OMBRE CHAUDE DE L’ISLAM
ÉLOIGNEMENT
MUSICIENS DE L’OUEST
MORT MUSULMANE
EN ROUTE
LE DRAME DES HEURES
HALTE AU DÉSERT
BEN-ZIREG
EAU DE MENSONGE
LE PARFUM DES OASIS
REGARD EN ARRIÈRE
BÉCHAR
L’ÉTALON NOIR
LÉGIONNAIRES ET MOKHAZNI
RÉFLEXIONS DANS UNE COUR
POUR TUER LE TEMPS
KENADSA
L’ENTRÉE A LA ZAOUÏYA
VIE NOUVELLE
ESCLAVES
PETIT MONDE DE FEMMES
TRANSFORMATION
MONTAGNE DE LUMIÈRE
L’ILLUMINÉ
L’INDIGNATION DU MARABOUT
MESSAGE
VISION DE FEMMES
PRIÈRE DU VENDREDI
LELLA KHADDOUDJA
SEIGNEURS NOMADES
MESSAOUD
THÉOCRATIE SAHARIENNE
EN MARGE D’UNE LETTRE
COLLATION AU JARDIN
LA RÉVOLTÉE
FÊTE SOUDANAISE
SOUFFLES NOCTURNES
CHEZ LES ÉTUDIANTS
RÉFLEXIONS DU SOIR
LE RETOUR DU TROUPEAU
GENS DE L’OUEST
VISION DE NUIT
CHERCHEURS D’OUBLI
SOIRS DE KENADSA
L’AMOUR A LA FONTAINE
GITANES DU DÉSERT
DANS LE MELLAH
SOUVENIRS DE FIÈVRE
LE PARADIS DES EAUX
IMAGES FORTES
MUSIQUES DE PAROLES
PUISSANCES D’AFRIQUE
MOGHREB
RÉFLEXIONS SUR L’AMOUR
DÉPART
CHOSES DU SAHARA
SUR LE MARCHÉ D’AÏN-SEFRA
JOIES NOIRES
CHANSON DU SPAHI
LE LAVEUR DES MORTS
DANS LA DUNE
NOSTALGIES
RÉMINISCENCES
SOUVENIRS D’ELOUED
FANTASIA
ENVELOPPEMENT
A L’HOPITAL MILITAIRE
PRINTEMPS AU DÉSERT
HEURES DE TUNIS
TABLE DES MATIÈRES