Fleur d'Abîme

PAR JEAN AICARD
PARIS E. FLAMMARION, ÉDITEUR 26, RUE RACINE (PRÈS L’ODÉON)
1894
ŒUVRES DE JEAN AICARD
6955-94. — Corbeil. Imprimerie. Ed. Crété.
Elle est à son miroir, demi-nue.
C’est le matin. Elle se lève.
Elle s’appelle Marie ; et l’ovale pur de son visage, la tranquille limpidité de ses grands yeux bien ouverts, la fraîcheur de sa joue dorée, un peu rose sous l’ambre lumineux, tout en elle fait songer à la Vierge, dont elle porte le nom, au divin modèle de Raphaël le Divin.
Dans le cadre de son miroir, elle se regarde comme elle regarderait un chef-d’œuvre d’art et elle se sourit.
Vierge elle l’est, mais elle a vingt-deux ans… Le temps, qu’on accuse toujours de la décadence des êtres, est aussi l’artisan de leur beauté. Il a épanoui cette jeune fille. Tout en lui laissant la candeur, il a mis, dans toute sa personne, je ne sais quelle gravité à peine sensible, qui enveloppe de ses transparences, comme d’un voile subtil, son grand air d’enfance étonnée.
Au temps où les artistes concevaient des idéals aujourd’hui méprisés, Raphaël avait donné à la Mère du Sauveur cette gravité sereine qui, sur le visage des Madones, signifiait la maternité sans tache, sans ombre, déjà divine mais encore humaine.
Sur le visage de la belle créature que voici debout devant son miroir, ce sérieux à peine saisissable ajoute une noblesse encore ; il annonce la femme dans la vierge ; il promet l’épouse ; il signifie l’intelligence et il doit inspirer l’amour ; il conseille la sécurité et il légitime le rêve amoureux qui, peut-être, s’il était d’un homme délicat, hésiterait ici, un peu confus… il ne révèle point l’âge, car on donnerait dix-huit ans à peine à cette jeunesse ; il affirme seulement qu’elle n’est plus une petite fille. Le beau fruit garde, en mûrissant, des couleurs de fleur.

Jean Aicard
О книге

Язык

Французский

Год издания

2023-11-04

Темы

French fiction -- 19th century

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