Morphine
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1891
_A l'illustre auteur de l'Uomo delinquente et de Genio e Follia .
Au maître qui m'a donné la plus grande fortune que puisse souhaiter un écrivain, en commentant mes livres dans ses admirables leçons sur l'anthropologie criminelle,
Je dédie ce roman._
Une nuit de novembre 1889.—Au café de la Paix, dans l'une des petites salles chaudes et moelleuses dont les portes ouvrent sur la place de l'Opéra, la pendule marquait onze heures, lorsque Jean de Fayolle posa le dé de la victoire, en disant: «Domino!»
Fayolle, capitaine du 15e cuirassiers, un jeune et vert gaillard, moustachu de roux, occupait un coin de la banquette de rouge velours, et à sa droite et devant lui se tenaient ses deux adversaires: le major Edgard Lapouge, grand blondin, aux blondeurs flavescentes, avec de gros yeux bleus très expressifs, derrière un binocle d'or;—Arnould-Castellier, directeur de la Revue militaire , une ancienne et honorable culotte de peau, vieille tête blanchie dans les grades inférieurs, toujours à l'ordonnance, et malgré la bedaine et les joues rubicondes, essayant de lutter contre l'empâtement civil et se donnant des allures d'activité par ses gestes brusques, sa voix impérative, ses rudes moustaches neigeuses et coupées en brosse.
—Et Pontaillac, viendra-t-il, oui ou non? demanda le major.
—Il viendra, répondit Fayolle.
—Jamais!… Pas de Pontaillac! intervint de la table voisine, le lieutenant Léon Darcy, brun et gentil cuirassier, également du 15e qui humait un sherry-gobler, en écoutant les histoires drôles de deux horizontales assises à ses côtés.
—Qu'en savez-vous, Darcy? fit le capitaine.