Marion des neiges
JEAN MARTET
ROMAN
ALBIN MICHEL, ÉDITEUR PARIS — 22, RUE HUYGHENS, 22 — PARIS
IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE
50 exemplaires sur vergé pur fil Vincent Montgolfier numérotés de 1 à 50.
Droits de traduction, de reproduction, de représentation théâtrale et d’adaptation cinématographique réservés pour tous pays.
Copyright 1928 by Albin Michel.
Jusqu’à Dalkeith le voyage se fit sans incidents notables.
La ligne traverse un pays de plaines, avec, de loin en loin, des bois de pins et de sapins, des hameaux de chasseurs. Nous avions une bonne machine, très basse sur roues, qui nous entraînait à belle allure.
Il faisait très froid. Toute la campagne était couverte de neige. Les wagons n’étaient pas chauffés et, comme il manquait bien deux carreaux sur trois, nous étions là-dedans à peu près comme sur le toit. Mais à Weedon j’avais pu m’emparer d’un coin, le dos tourné à la marche du train, je m’étais recroquevillé dans ma peau d’ours, — je n’étais pas trop malheureux.
J’avais pour compagnons huit hommes et deux femmes, tout cela dans le même compartiment ; nous étions donc onze, plutôt tassés.
Les hommes étaient presque tous des gens qui allaient aux pêcheries de Billebedoo, embauchés pour le travail d’hiver. C’étaient des espèces de brutes (je revois dans le tas un Mexicain… quelle tête sinistre !…) qui chiquaient, se grattaient, s’épouillaient sans vergogne, buvaient de grands coups d’eau-de-vie à même leurs gourdes en peau de phoque, mangeaient des bouts de poisson fumé ou de fromage qu’ils tiraient de leurs poches.