Les Rois
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par
1893
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En 1900.
Quand la cour se fut rangée des deux côtés du trône, le roi Christian, très vieux, d'une pâleur de cire, sa barbe blanche étalée sur sa tunique militaire et cachant à moitié le grand cordon de l'Aigle-Bleu, dit, d'une voix forte de commandement, chevrotante à peine:
—Monsieur le grand chancelier, quand il vous plaira.
Le grand chancelier, comte de Moellnitz, debout au pied de l'estrade, devant une table carrée couverte d'un tapis de pourpre à crépines d'or—la table royale des mélodrames historiques—déroula un parchemin d'où pendait un sceau rouge plus large qu'une hostie, et, scandant les phrases d'un hochement de sa petite tête d'oiseau déplumé, il lut avec une lenteur et des intonations d'archevêque officiant:
«Nous, Christian XVI, par la grâce de Dieu roi d'Alfanie, à tous présents et à venir salut.
»Considérant que l'âge et la maladie, sans diminuer notre zèle pour le bien de notre peuple, ne nous permettent plus d'y travailler selon notre désir et nous rendent désormais difficile le gouvernement de nos États;
»Déléguons généralement tous nos pouvoirs à notre fils aîné et héritier présomptif, Hermann, prince de Marbourg, duc de Fridagne, et ce pour une année à dater du présent jour;