Histoire du XIXe siècle (volume 3/3)
PAR J. MICHELET
NOUVELLE ÉDITION REVUE ET ANNOTÉE
III JUSQU’A WATERLOO
PARIS C. MARPON ET E. FLAMMARION, ÉDITEURS 1 A 7, GALERIES DE L’ODÉON ET RUE ROTROU, 4
1880 Tous droits de traduction et de reproduction réservés.
PARIS. — IMPRIMERIE ÉMILE MARTINET, RUE MIGNON, 2.
L’âge me presse. Et aussi le déclin du siècle, si rapide depuis vingt ans, qu’on dirait qu’il se précipite.
En regardant l’Europe, je vois, ici et là, quelques exceptions éclatantes. Car l’aplatissement commun semble avoir rehaussé de grands courages, qui font d’autant mieux ressortir la plaine et le désert à l’entour.
Ce troisième volume donne le monde, surtout la France et Bonaparte, de 1800 à 1815, c’est-à-dire aux années sanglantes qui énervèrent le siècle dès l’origine, qui commencèrent des haines séculaires, et firent que la France, entraînée à des entreprises qu’en majorité elle repoussait, devint l’objet d’une défiance générale.
J’eus le malheur de naître et de grandir à cette époque funeste, et je puis dire que la France ne fut jamais dupe qu’à moitié de Bonaparte. Tous, en suivant des yeux le grand prestidigitateur dans les nuages où il se balançait, disaient toujours : « Cela finira mal. » — Même la grande armée le disait, en le suivant par honneur militaire.
Dès 1800, au berceau même du siècle, je veux prévoir ses âges, et même sa vieillesse, son déclin si visible aujourd’hui.
Ce siècle de grand travail et de notable invention eût mérité de se soutenir davantage. Pour moi, né avec lui, j’ai d’autant plus regret de le voir languir avant le temps.