Les Tourelles: Histoire des châteaux de France, volume I
PARIS.—Imprimerie de V e DONDEY-DUPRÉ, rue Saint-Louis, 46, au Marais
HISTOIRE DES CHATEAUX DE FRANCE, PAR M. LÉON GOZLAN. I PARIS. Dumont, Libraire-Éditeur, PALAIS-ROYAL, 88, AU SALON LITTÉRAIRE. 1839
Tant que durera en France l’esprit conservateur créé par la Restauration, les vieux monumens qui nous restent seront respectés. Par une conséquence immédiate de son retour systématique aux affections du passé, la Restauration, en relevant la pierre de l’autel et en restituant au trône la majesté antique, ne pouvait manquer de songer à la réédification du temple et du palais. On interprétera, si l’on veut, dans toutes les proportions du blâme et de l’éloge, la cause de ce service intéressé rendu à la nation; il n’y aurait que de l’ingratitude à en nier les résultats. Demanderions-nous jamais au désert de couvrir de sable les pyramides, quand même il serait vrai que ce fût au singulier caprice d’une courtisane égyptienne que nous devrions de les admirer? Ne sommes-nous pas tout disposés au contraire à pardonner aux flatteurs de Néron les statues, les temples, les arcs de triomphe que leur bassesse lui a élevés? Quel est le système, quelle est d’ailleurs l’opinion dont on tenterait de se faire, à cinquante ans de distance, le défenseur officieux, qui durera autant que la pierre miliaire de la grande route, que la borne grossière du coin de la rue? Pour notre part, nous ne tairons pas que nous préférerions, si nous avions un choix à faire, les âges de despotisme qui fondent, aux époques de liberté dont il ne reste rien. Il est bien entendu que nous nous plaçons, en raisonnant ainsi, sur un terrain d’où l’on ne découvre aucune question d’intérêt social essentielle au bonheur de l’humanité, lequel passe avant tout et n’admet aucune comparaison. Seulement on ose penser que si les trois siècles de compression morale qui ont pesé sur Venise ont compté plus de monumens en tout genre que n’en verront jamais peut-être les siècles d’indépendance promis à New-York et à Philadelphie, le souvenir de la postérité sera plus vif pour les siècles et pour le peuple glorieux avec un peu moins de liberté, que pour les générations libres avec beaucoup moins de gloire.