Le retour de l'exilé: Drame en cinq actes et huit tableaux
Représenté à Montréal pour la première fois, le 1er juin 1880
(Le théâtre représente un intérieur d'auberge, à Sillery, près de Québec. Au lever du rideau, Adrien est assis près d'une table, écrivant. Josepte est occupée à rincer des verres.)
ADRIEN, JOSEPTE, CAYOU.
CAYOU, entrant —Toujours à écrire, lui?
JOSEPTE—Oui, à sa blonde probablement; ce pauvre M. Launière!
CAYOU—Foi de gueux! il fait plus de pattes de mouches en dix minutes, que j'en fais pendant six mois pour tenir les comptes de l'auberge.
JOSEPTE—Il en perd le boire et le manger... le pauvre jeune homme! Oublie pas de marquer les plumes et le papier; il y en a pour douze sous. Ah! dame, quand on est amoureux...
LES PRÉCÉDENTS, AUGUSTE, en habits très négligés .
AUGUSTE—Au diable ce maudit vent de nord-est, qui ne reconnaît pas une ancienne connaissance! Le gueux m'a bourré les yeux et le nez de gravois... Pouah! j'ai du sable jusque dans l'estomac. Allons, mes bonnes gens, vous tenez auberge à ce qu'il paraît, et à la vieille mode canadienne, hein! je vois ça. Eh bien, servez-moi quelque chose, et hurry up, if you please! Le kamsin d'Afrique et le mistral de Marseille m'ont moins maltraité que votre enragé vent de nord-est... Toujours le même, Québec, pour le vent de nord-est!
JOSEPTE, bas à Cayou —Cayou!
CAYOU—Hein?
JOSEPTE—Es-tu pour donner à boire à ce quéteux-là?