La confession d'un abbé

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1883

M. le garde des sceaux donnait son premier dîner, un dîner d'installation.
Il était nommé depuis huit jours; il ne pouvait pas savoir pour combien de jours; aussi, en homme prudent, rompu aux habitudes officielles, ayant été déjà cinq fois appelé au ministère et cinq fois obligé d'en sortir, s'était-il hâté de lancer ses invitations.
Il savait que le premier fonctionnaire à faire fonctionner, dans une administration où l'inamovibilité est un principe, c'est celui qui est plus inamovible que tous les juges du monde, le cuisinier.
Les autres grands fonctionnaires, convoqués pour rendre hommage à celui-là, s'étaient promis d'être exacts.
M. le ministre était vieux. Son estomac, resté puritain et n'ayant jamais varié dans les hasards d'une vie politique qui comptait cinquante ans d'opposition, entrecoupés de ministères, sous trois régimes différents, restait fidèle à l'habitude de six heures.
La seule concession que le progrès eût arrachée à cet estomac farouche, depuis la République, c'était d'ajouter une demi-heure de répit à l'heure sacramentelle. Mais, jamais, chez M. le garde des sceaux, on ne prolongeait l'opportunisme jusqu'à sept heures. Le président de la Chambre des députés, les jours de dîner à la place Vendôme qui pouvaient coïncider avec des jours de grande discussion parlementaire, s'arrangeait toujours pour que les ministres fussent libres vers six heures, et, la plupart du temps, faisait remettre la suite de la discussion au lendemain.
On comprend donc qu'avec un chef hiérarchique si ponctuel, le sous-secrétaire d'État au ministère de la justice, M. Barbier, eût pris la précaution d'être en cravate blanche et en habit noir, dès cinq heures, et achevât, dans cette toilette qui est la livrée égalitaire des hommes du monde et de leurs maîtres d'hôtel, la lecture des dossiers ou l'expédition des quelques affaires que M. le ministre lui avait laissé à terminer.

Louis Ulbach
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Язык

Французский

Год издания

2006-01-31

Темы

French fiction -- 19th century

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