Souvenirs d'une actrice (2/3) - Louise Fusil

Souvenirs d'une actrice (2/3)

Produced by Mireille Harmelin, Eric Vautier and the Online
Distributed Proofreaders Europe at http://dp.rastko.net. This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)
Mme LOUISE FUSIL.
«Les années, les heures ne sont pas des mesures de la durée de la vie; une longue vie est celle dans laquelle nous nous sentons vivre; c'est une vie composée de sensations fortes et rapides, où tous les sentiments conservent leur fraîcheur à l'aide des associations du passé.
1841.
Boulogne-sur-Mer.—L'officier municipal maître d'anglais.—Arrivée de Pereyra, agent du comité de salut public.—Une famille d'émigrés.—Avis important.—Arrivée de Joseph Lebon.—Liste des suspects.—Stupeur causée par les arrestations pendant la nuit.—Le perruquier Agneret.—Je suis arrêtée ainsi que la famille de lady Montaigue. On nous conduit dans la cathédrale.—La soeur de mademoiselle Desgarcins.—J'obtiens une entrevue avec Joseph Lebon.—Manière dont je me tire d'affaire.—Un bal de section.
À notre retour il y avait beaucoup d'Anglais à Boulogne-sur-Mer, et notre société fut aussi agréable et aussi paisible qu'on pouvait l'espérer à une pareille époque, jusqu'à l'arrivée d'un commissaire de la convention.
C'était un nommé Pereyra, ce même juif portugais qui avait accompagné Marat chez Talma. Je le connaissais donc de vue et de réputation; il avait de l'esprit et beaucoup d'astuce, de bonnes manières, des formes convenables; enfin c'était un homme dangereux. Il parlait parfaitement anglais. Il chercha à s'introduire dans plusieurs maisons anglaises, ce qui ne lui fut pas difficile. Quelqu'un me dit d'avertir mes amis de prendre garde à ce qu'ils diraient devant lui, parce que c'était un espion du comité de salut public. Je m'en doutais du reste, car j'avais remarqué qu'à table il trouvait le moyen de griser promptement ces messieurs, et que tout en buvant autant et même plus qu'eux, il conservait toute sa tête et son sang-froid. Je les en avertis plusieurs fois; mais ce Pereyra profitait de l'usage qui oblige les dames de quitter la table, au dessert, tandis que les hommes restent à fumer, à boire et à parler politique. Plusieurs de ceux qui furent arrêtés dans la suite ne le durent qu'à cette circonstance.

Louise Fusil
О книге

Язык

Французский

Год издания

2008-09-28

Темы

France -- History -- Revolution, 1789-1799 -- Personal narratives; Fusil, Louise, 1774-1848 -- Correspondence; Actresses -- France -- Correspondence

Reload 🗙