Rabevel, ou le mal des ardents, Volume 2 (of 3)
LUCIEN FABRE
LE FINANCIER RABEVEL
« Il n’y a pas de passion sans excès. » Pascal.
Treizième Édition
PARIS ÉDITIONS DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE 3, rue de Grenelle, (VI me )
DU MÊME AUTEUR :
IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE, APRÈS IMPOSITIONS SPÉCIALES CENT HUIT EXEMPLAIRES IN-QUARTO TELLIÈRE SUR PAPIER VERGÉ PUR FIL LAFUMA-NAVARRE AU FILIGRANE DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE, DONT HUIT EXEMPLAIRES HORS COMMERCE MARQUÉS DE A à H, CENT EXEMPLAIRES RÉSERVÉS AUX BIBLIOPHILES DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE, NUMÉROTÉS DE I A C, ET SEPT CENT QUATRE VINGT DOUZE EXEMPLAIRES RÉSERVÉS AUX AMIS DE L’ÉDITION ORIGINALE SUR PAPIER VELIN PUR FIL LAFUMA-NAVARRE, DONT DOUZE EXEMPLAIRES HORS COMMERCE MARQUÉS DE a A l, SEPT CENT CINQUANTE EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS DE 1 A 750 ET TRENTE EXEMPLAIRES D’AUTEUR HORS COMMERCE NUMÉROTÉS DE 751 A 780, CE TIRAGE CONSTITUANT PROPREMENT ET AUTHENTIQUEMENT L’ÉDITION ORIGINALE.
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— Je crois, dit Bernard en descendant du train que le mieux sera de vous installer à votre hôtel ; je vous y conduirai si vous le permettez. Pendant que vous vous reposerez je me rendrai au port et je vous rapporterai des nouvelles toutes fraîches. Peut-être même, ajouta-t-il d’un ton glacé, vous ramènerai-je François.
Elle se rapprocha de lui et il la sentit tremblante. A l’hôtel il l’accompagna jusque dans la chambre qui lui était réservée ; il n’était guère ému sachant que François était loin encore ; mais elle frissonnait : ce mari qu’elle connaissait si peu, qu’elle n’aimait point sinon d’une bonne affection de camarade, ce mari était son maître ; elle ne se rappelait pas sans répugnance l’assaut maladroit et brutal de la nuit de noces ; il allait venir ; l’évocation de son image aurait pu suffire à chasser le bien-aimé Bernard ; et lui, il ne s’inquiétait pas, il demeurait paisible et fort. Comme elle l’admira ! Elle le prit dans ses bras, le serra de tous ses muscles en murmurant : « Mon amour, mon amour » et elle retomba sans force sur le lit. Il s’assit contre elle et tint son visage entre ses mains avec douceur ; il adora les yeux brillants qui ruisselaient de pleurs ; il devina son regret, sa colère, son désespoir et encore la peur qui la tenaillait. Un bruit de pas dans le couloir la dressa toute roide : « Partez, dit-elle en l’étreignant sauvagement ; c’est peut-être lui… Partez ! » Mais il ne l’écoutait pas ; il la dévêtait en gestes rapides et légers ; elle ne fut bientôt plus qu’une pauvre petite chose implorante, transie d’angoisse et de désir ; et enfin, parmi les supplications, les pleurs, les cris de remords et de plaisir, il connut cette chair délicieuse de tout temps prédestinée à son empire.