Rabevel, ou le mal des ardents, Volume 3 (of 3) - Lucien Fabre - Livre

Rabevel, ou le mal des ardents, Volume 3 (of 3)

LUCIEN FABRE
LA FIN DE RABEVEL
« Il n’y a pas de passion sans excès. » Pascal.
Treizième Édition
PARIS ÉDITIONS DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE 3, rue de Grenelle, (VI me )
DU MÊME AUTEUR :
IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE, APRÈS IMPOSITIONS SPÉCIALES CENT HUIT EXEMPLAIRES IN-QUARTO TELLIÈRE SUR PAPIER VERGÉ PUR FIL LAFUMA-NAVARRE AU FILIGRANE DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE, DONT HUIT EXEMPLAIRES HORS COMMERCE MARQUÉS DE A à H, CENT EXEMPLAIRES RÉSERVÉS AUX BIBLIOPHILES DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE, NUMÉROTÉS DE I A C, ET SEPT CENT QUATRE VINGT DOUZE EXEMPLAIRES RÉSERVÉS AUX AMIS DE L’ÉDITION ORIGINALE SUR PAPIER VELIN PUR FIL LAFUMA-NAVARRE, DONT DOUZE EXEMPLAIRES HORS COMMERCE MARQUÉS DE a A l, SEPT CENT CINQUANTE EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS DE 1 A 750 ET TRENTE EXEMPLAIRES D’AUTEUR HORS COMMERCE NUMÉROTÉS DE 751 A 780, CE TIRAGE CONSTITUANT PROPREMENT ET AUTHENTIQUEMENT L’ÉDITION ORIGINALE.
TOUS DROITS DE REPRODUCTION ET DE TRADUCTION RÉSERVÉS POUR TOUS LES PAYS Y COMPRIS LA RUSSIE. COPYRIGHT BY LIBRAIRIE GALLIMARD 1923
En réalité, Bernard était ainsi constitué qu’il ne pouvait entreprendre une chose quelle qu’elle fût sans la mener à son terme quel qu’il dût être. Il ne pouvait concevoir le suspens ni le provisoire ; une sorte de logique active, véritablement empirique, entraînait et enchaînait ses gestes comme ses méditations. Chaque affaire entreprise s’inscrivait dans son esprit sous une forme imaginaire ; elle pesait de ses divers éléments sur ses décisions ; les échéances, les risques créaient un amoncellement nuageux, la disponibilité d’un orage, non point qu’il se les figurât sous cette forme, mais il en ressentait mentalement et même nerveusement la même sorte de tension qui le tenait attentif et éveillé. Il consacrait la sollicitude la plus patiente, la plus inattendue de sa part, à l’ensemble de détails les plus ordinaires, les moins surveillés d’habitude et où il prétendait que résidaient les antennes fragiles des entreprises. Celles-ci lui formaient ainsi une prison perpétuelle dont la voûte éteignait les échos et bornait l’horizon. Tout ce qui n’avait pas rapport avec elles, tout ce qui ne lui proposait pas une ressource immédiatement assimilable se heurtait à sa distraction totale. L’unique direction de cet esprit en travail était celle de sa réussite ; sa contention appliquée à ce grand dessein opposait à tout le reste une indigence sans appel ; la seule passion qui demeurât chez lui rendant son travail était celle de l’ordre ; celle-là ne pouvait en aucun cas être submergée. Bernard ouvrait lui-même son courrier, répondait à toutes les lettres importantes, notait sur les autres le sens de la réponse à faire, indiquait sur toutes le titre du dossier où elles devaient être classées. Ce goût de l’ordre n’était qu’une forme de son tempérament ; il annonçait la coutume de prévoir l’avalanche ou la crue, d’y pourvoir, de lui ménager ses canaux, de n’en être jamais recouvert ni même surpris ; mieux encore, d’y savoir retourner, pour reprendre aux bassins où s’en décantaient les laisses ce qu’on en pouvait utiliser. Cette clairvoyance, cette instante vigilance, cette tenue parfaite de soi, éliminaient l’épuisement des contractions réticentes, combinaient les facilités d’une pensée qui pouvait librement disposer d’elle-même. Bernard, s’étant défini les valeurs qu’il poursuivait, allait à son but avec imperturbabilité, avec cette sorte de sécurité que donnent à une troupe en marche le bon gouvernement de ses unités, la certitude tactique de ses cheminements, les mesures qui la couvrent de gardes en avant, en arrière, sur les flancs, enfin ce que les états-majors appellent justement les sûretés. Ainsi orienté, il semblait offrir un front d’airain ou, plus exactement, une absence spirituelle, qui avait raison de tout. Bien des financiers n’ont pas d’autre secret qu’un semblable tempérament.

Lucien Fabre
О книге

Язык

Французский

Год издания

2024-09-27

Темы

French fiction -- 20th century

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