Au pays de Jésus
MATILDE SERAO
SOUVENIRS D’UN VOYAGE EN PALESTINE
Traduction de l’italien par M me Jean DARCY
PARIS LIBRAIRIE PLON PLON-NOURRIT ET C ie , IMPRIMEURS-ÉDITEURS 8, RUE GARANCIÈRE — 6 e
1903 Tous droits réservés
L’auteur et les éditeurs déclarent réserver leurs droits de reproduction et de traduction en France et dans tous les pays étrangers, y compris la Suède et la Norvège.
Ce volume a été déposé au ministère de l’intérieur (section de la librairie) en octobre 1903.
DU MÊME AUTEUR
PARIS. TYP. PLON-NOURRIT ET C ie , 8, RUE GARANCIÈRE. — 4556.
A MON TRÈS CHER FILS ANTONIO, tendrement.
M. S.
Il existe un type de voyageur très fréquent, qui se rencontre partout, qui passe d’un pays à l’autre avec une activité infatigable, montrant toujours la plus grande curiosité ; qui accomplit toujours les excursions les plus fatigantes ; qui se hasarde dans les endroits les plus dangereux, qui lasse la patience de ses compagnons de voyage, qui se fait maudire par tous les guides et qui revient enchanté des pays les plus lointains. Si, poliment, vous lui demandez de vous raconter ses impressions, il vous confie, comme s’il vous révélait un profond mystère, que les restaurants de Paris sont chers, que Londres a un métropolitain, que les bateaux russes sont moins rapides que les autrichiens, que l’eau est malsaine en Orient, que le trajet des petits vapeurs sur le Grand Canal de Venise coûte deux sous, et bien d’autres nouveautés que sa sagacité a découvertes dans ses voyages, au prix de grandes fatigues, de beaucoup d’argent et de longs mois. Ce voyageur, inoffensif, du reste, quelquefois sympathique dans sa frivolité, est assez commun ; il a une étrange ressemblance avec ses propres bagages, et on dirait qu’en rentrant chez lui il doit aller se ranger dans un coin, tranquille, immobile, avec les autres valises et les autres malles, jusqu’à ce qu’un nouveau voyage l’en fasse sortir.