Histoire littéraire d'Italie (3/9)
À PARIS, CHEZ L. G. MICHAUD, LIBRAIRE-ÉDITEUR, PLACE DES VICTOIRES, N°. 3. M. DCCC. XXIV.
BOCCACE.
Notice sur sa Vie; Coup-d'œil général sur ses différents ouvrages, autres que le Décameron ; en latin, Traités mythologiques, historiques, etc.; seize Églogues ; en italien, Poëmes; Romans en prose; la Vie du Dante; Commentaire sur la Divina Commedia .
L'effort que la nature fit en Italie au quatorzième siècle, en y produisant presque à la fois trois grands hommes, fut d'autant plus heureux qu'ils reçurent d'elle tous trois un génie différent. Ils prirent, pour monter sur le Parnasse, trois routes si diverses, qu'ils arrivèrent au sommet sans se rencontrer ni se nuire; et l'on jouit aujourd'hui de leurs productions, sans que celles de l'un puissent ni donner l'idée de celles de l'autre, ni y être préférées ou même comparées, ni, par conséquent en tenir lieu. Celui qui vint le dernier des trois parut s'élever moins haut que les deux autres; mais c'est le genre où il excella qui n'a pas la même élévation. La manière dont il le traita n'est pas moins parfaite; et il est, comme eux, au premier rang, puisque, comme eux, il n'a pu encore être surpassé.
Le père de Boccace, qui était un bonhomme, le voyant si invinciblement passionné pour les lettres, lui permit enfin de s'y livrer: il exigea seulement qu'il étudiât aussi le droit canon. Boccace essaya de lui obéir; mais il fit comme Pétrarque et comme tant d'autres hommes célèbres, il ne put prendre aucun goût pour tout ce fatras des Décrétales, et revint avec une nouvelle ardeur à la poésie et aux lettres. Il approfondit plus qu'il ne l'avait fait jusqu'alors l'étude de la bonne latinité; il apprit les éléments de la langue grecque, soit en Calabre, où elle était assez commune, soit à Naples, où il s'était intimement lié avec Paul de Pérouse, grammairien très-versé dans cette langue, et bibliothécaire du roi Robert. Il s'éleva même à de plus hautes études, et cultiva les mathématiques, l'astronomie ou plutôt l'astrologie, où il eut pour maître un Génois alors célèbre, nommé Andalone del Nero, qui avait beaucoup voyagé. Il étudia aussi la philosophie sacrée ou la théologie, mais il ne paraît pas qu'il y eût fait de grands progrès.