Les gens de théâtre
PIERRE VÉRON
PARIS DENTU, ÉDITEUR LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES Palais-Royal, 13 et 17, galerie d'Orléans
Tous droits réservés
1862
Paris. — Imp. VALLÉE et C e , 15, rue Breda
Puisque c'est au théâtre que ce livre est consacré, j'aurais pu — pour mettre en repos ma conscience — me rappeler ce qui se passe au théâtre même.
Vous avez, comme moi, remarqué avec quel cœur on y rit de sa propre caricature.
Les transes de Sosie font pâmer de joie le peureux ; l'hypocrite se gausse à l'aise de Tartufe ; les infortunes de Sganarelle plongent dans des accès de délire tous les maris de sa famille.
Car l'homme est ainsi fait qu'il ne se reconnaît nulle part, — probablement parce qu'il ne se connaît jamais. Chacun de nous est le plus mauvais juge de la ressemblance de son portrait.
En partant de ce principe, je n'avais point à craindre que personne s'attribuât les ridicules et les travers dont ce volume essaye le croquis.
N'importe! On a tant médit du théâtre et de tout ce qui en approche, que nous ne voulons pas avoir l'air de faire chorus à ces banales et souvent injustes déclamations.
Le temps n'est plus — Dieu merci — où les comédiens se voyaient frappés d'une proscription brutale qui ne s'arrêtait même pas devant une tombe. Ces planches que l'intolérance feignait de prendre pour des tréteaux, trop de noms illustres les ont glorifiées pour que la confusion soit désormais possible.